samedi 7 novembre 2020

Le piment c’est bon… mais n’en n’abusons pas…

 



Après quelques mois de présence et de participation active sur un site Facebook dédié aux retraités vivant en Thaïlande, site très riche au demeurant en informations de qualité, j’ai pris la décision de quitter celui-ci car j’avais du mal à supporter l’enthousiasme effréné pour le pays manifesté tant par son administrateur que par certains de ses adhérents, adeptes du toujours plus « épicé »…


On sait depuis longtemps qu’en arrivant dans un pays étranger, une fois achevée la découverte euphorisante d’un nouveau milieu et encaissé l’inévitable choc culturel qui suit la fin de la « phase touristique », la relation au pays et à sa population tend à se décliner globalement de trois façons…

Il y a en premier lieu les inévitables inconditionnels du pays et de ses habitants, de ses paysages, de sa gastronomie, de son mode de vie, de ses mentalités… pour qui aucune critique ou réserve ne saurait être admise sur ces sujets… Dans le cas précis de la Thaïlande, « le Royaume » comme disent d’aucuns qui visiblement pensent qu’il n’en n’existe qu’un seul au monde, certains flirtent même avec la quasi idolâtrie. En essayant de « manger encore plus épicé que les Thaïs », sans doute se donnent t-ils l’illusion d’une parfaite intégration locale… Ils oublient que tout ici n’est pas comme on le lit sur les guides touristiques… et que les règles de politesse en vigueur sont tout sauf de la courtoisie, que la violence qui pour être régulée ou canalisée comme presque partout en Asie, n’en n’est pas moins réelle… et que l’indifférence aux autres est généralement de mise en dehors du cercle relationnel direct. Minimisant les inégalités sociales, fermant pudiquement les yeux sur la corruption, le fonctionnement de la vie publique, la dangerosité de la conduite routière, la destruction environnementale avec ses décharges sauvages ou à ciel ouvert… pour ne citer que ces seuls thèmes… leur leitmotiv est « Les Thaïlandais font ce qu’ils veulent, ils sont chez eux… Si ça ne vous plait pas vous n’avez qu’à rentrer chez vous ! »… De tels propos qui ne font évidemment guère avancer le débat éclairent cependant parfaitement sur l’ouverture d’esprit de leurs auteurs, dont l’approche des mentalités locales semble souvent s’être limitée à une lecture en diagonale du chapitre culture du guide Michelin... ou à la vision du sourire mécano rivé de l’employée du « seven-eleven » voisin…

 

Il y a ensuite tous ceux qui après un passage éclair au pays de Siam n’ont visiblement pas vocation à revenir de sitôt en Asie, attendant selon les cas, soit de reprendre leur avion au terme de quelques semaines de vacances exotiques, soit la fin de leur contrat d’expatriation… Pour ces réfractaires au pays, qui peut être ne peuvent se faire au goût du riz ou qui s’imaginent que le poisson qui leur est servi dans cette gargote de street food provient du klong voisin dont les effluves circulent entre les tables… rien n’est bon. Ajoutons à cela le regard que portent nombre de ces réfractaires sur les couples mixtes, en particulier parmi sa composante féminine, qui tend souvent à assimiler toutes ces jeunes femmes asiatiques accortes qu’ils croisent comme étant nécessairement des prostituées mineures et ces messieurs occidentaux plus âgés qui les accompagnent, comme de vieux « cochons », limite pédophiles… Repartant définitivement dégoûtés vers d’autres latitudes, ils et elles n’ont pas leur pareil pour tailler ensuite un “costard sur mesure” à tous les mâles occidentaux qui vivent à l’année en Asie. Avec de tels témoignages, bien relayés dans les chaumières par ces émissions télévisées à sensation souvent diffusées avant le 20 h du week-end et par quelques livres qui pour être bien vendus ne dépareilleraient pas au rayon des romans de gare, comment s’étonner que l’on ne soit pas considéré par nos compatriotes de l’hexagone comme des potentiels « touristes sexuels » ou comme des potentiels « résidents sexuels »…

 

Enfin, il y a tous ceux qui se positionnent à un niveau intermédiaire entre les intégristes et les réfractaires, groupe dont je fais partie… Ceux là qui ont appris à démythifier le sourire sont les plus à plaindre car ils ont régulièrement des démêlés avec les deux catégories précédentes, tantôt pour inciter à la mesure les premiers en les invitant à retirer leurs lunettes roses, tantôt pour rappeler à la raison et à la tolérance les seconds… Respectueux des us et coutumes locaux, capables de prendre un repas local sur la natte avec les parents de leur conjoint en arrosant même leur riz – poisson ou leur Som Tam avec du whisky allongé de soda, ils sont aisés à reconnaître car lorsque l’occasion se présente, ils ne crachent pas plus sur le Ricard ou le vin rouge que sur la charcutaille ou le fromage… Je ne sais pas si pour eux le centre du monde est toujours la gare de Perpignan, à l’instar d’un Salvador Dali, mais une chose est certaine, il ne se limite pas nécessairement à un village perdu au milieu des rizières, à un condo peuplé à 49 % de farangs ou à un Mall… voire à un comptoir à bière entouré de tabourets garnis et accueillants…

 

Je l’ai dit, la vision idyllique qu’ont certains de la société locale et de son fonctionnement n’est absolument pas la mienne. Quinze années passées outre mer et à l’étranger, parfois en coopération et pleinement immergé dans le milieu local, auxquelles s’ajoutent une dizaine d’années de vie en Thaïlande, m’ont en effet conduit à relativiser beaucoup de choses en matière de vie et de travail à l’international. L’expérience, les lectures, les discussions et l’observation de la vie locale m’ont depuis longtemps convaincu que tout n’est jamais pour le mieux dans le meilleur des mondes, ceci quelle que soit la destination… quand bien même on l’appellerait « pays du sourire ». Il faut être soit un grand naïf, soit n’avoir jamais beaucoup voyagé pour le penser… Même si on apprécie un pays et sa population, car il y a de la gentillesse et de la générosité partout dans le monde, j’estime qu’on se doit de conserver un esprit critique, ce qui ne signifie pas pour autant faire du dénigrement systématique au motif qu’on n’aime pas certaines choses… Rester dans la réserve, notamment s’agissant des sujets en rapport avec la « vie de la cité », ne serait ce que pour des raisons de prudence légitime, respecter les us et coutumes d’un pays pour ne pas choquer et à l’inverse susciter la sympathie, essayer de comprendre un minimum les mentalités locales, ce qui implique de s’intéresser un peu à la langue, véritable clé de lecture des rapports humains, sont des évidences… En ce qui me concerne je me suis toujours efforcé dans mes responsabilités passées d’inculquer ces principes à mes collaborateurs ou à ceux que je formais en vue d’une expatriation ou d’une mission à l’étranger. Pour autant, j’estime qu’il ne faut pas en faire trop et verser comme le font certains dans l’idolâtrie naïve, voire dans la flagornerie pure et simple, oubliant qu’ils ne sont ici que des pièces rapportées, momentanément tolérées, ceci pour des raisons essentiellement culturelles. Ainsi, lorsque je vois par exemple l’administrateur d’un site Facebook présenter au nom des membres de son groupe ses vœux de prospérité et de longue vie aux plus hautes autorités ou les remercier pour leur politique sanitaire de fermeture du pays, je trouve que c’est aller un peu trop loin… et « oublier bien des choses »… d’autant que les destinataires de son message, parfois xénophobes, n’en n’ont strictement rien à faire de ses vœux ou de ses remerciements…

 

Je sais bien que certains ont le sentiment d’avoir trouvé le Saint Graal en arrivant ici mais il y a des limites à tout… C’est à se demander parfois si ces personnes ont un peu voyagé dans leur vie et ont vraiment pris le temps de réfléchir à ce qui se passait autour d’elles… à moins qu’elles n’aient été soit lobotomisées en franchissant les portiques de sécurité de l’aéroport à leur arrivée, soit intoxiquées par un abus de piment… Je m’interroge sérieusement parfois…


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Bienvenue sur Sanuk...

Bonjour à toutes et à tous, puisque vous venez de vous prendre les pieds dans la toile et êtes venus buter sur mon blog, soyez donc les bien...