mardi 3 novembre 2020

Et si on allait au “théâtre” ce soir... pour se changer un peu les idées...

 


Si pour beaucoup de gens, la Thaïlande, ce sont des plages, des temples, le sourire de ses habitants… et encore des temples… pour d’autres ce sont aussi et surtout des bars de nuit… Même si tout ou presque a déjà été dit sur ces points de passage incontournables des célibataires esseulés et assoiffés (à divers titres)… notamment beaucoup de bêtises et de méchancetés (surtout de la part des femmes occidentales…), il devient urgent de reparler de ces lieux qui sont menacés de disparition et qui risquent de sombrer dans l’oubli si la crise du COVID se prolonge, lieux sans lesquels la Thaïlande ne serait plus la même... Ne souriez pas, le devoir de mémoire, c’est quand même un truc vachement important quand on y réfléchit un peu...

 

Pour commencer, il est important de démythifier ces points d’eau qui ne sauraient en aucune façon être des lieux de perdition, ce terme de “perdition” me semblant en effet totalement erroné… car à ma connaissance je n’ai jamais entendu dire que quelqu’un se soit réellement “perdu” dans un bar de nuit au point qu’on ne l’ait jamais retrouvé… En règle générale il réapparaît toujours une fois que ses poches sont vides… même si c’est parfois au petit matin. Personnellement, si je me fie à ce que j’en ai vu, je serais plutôt tenté de dire qu’un bar de nuit ce n’est somme toute qu’un théâtre où chaque soir se joue une comédie bien sympathique… Pour ceux qui en douteraient, et comme cet article a quand même pour objet de faire découvrir la Thaïlande sous un angle nouveau et un brin déjanté, je les invite à suivre ma démonstration…

 

Qu’est ce en fin de compte qu’une pièce de théâtre ? Et bien rien de plus qu’un décor, des acteurs, une intrigue, une mise en scène et le respect de trois règles qui sont :

- le principe des trois unités, unité de temps, unité de lieu, unité d’action…

- la règle de bienséance, autrement dit ne rien montrer de choquant…

- la catharsis, c'est-à-dire l’implication du spectateur qui doit se sentir concerné par ce qui se passe sur scène…

Et bien mesdames, désolé de vous le dire, mais un bar de nuit c’est cela… et rien que cela…

 

Commençons par parler du décor :

Qui dit théâtre dit en effet décor. Pour le décor, pas de souci, je n’insiste pas outre mesure, il est simple : une batterie de tabourets, une sono de l’espace, des lumières psychédéliques partout… sur fond de bouteilles rangées en ligne au mur... ça vous va comme description ? La clim ? Pas besoin, ici en Thaïlande on joue à l’air libre… au moins les gens peuvent fumer sans souci dans la salle… et ça allège d’autant la facture électricité du taulier... Ah, j’oubliais l’essentiel : un comptoir central qui ne sert pas seulement qu’à poser des verres mais qui peut aussi remplir toute sorte de fonctions annexes : piste de danse pour les unes (et parfois même pour les autres lorsqu'ils sont bien chauds…), accoudoir pour penseurs fatigués comme le mec de droite du dessin, point d’ancrage ultime enfin lorsqu’un de ces derniers est prêt à faire salto vu que le plancher commence à bouger un peu trop…

 

Parlons maintenant des acteurs :

Là aussi pas de problème… chaque soir ils sont toujours au rendez-vous... du moins ils étaient au rendez-vous avant la crise COVID… Comme dans toute bonne pièce de théâtre on trouve toujours deux acteurs principaux : ici c’est d’une part le mec qui a soif, d’autre part la gogo girl qui va lui tenir la jambe toute la soirée… plus quelques seconds rôles à savoir une volière de perruches juchées sur leur tabouret jacassant dans une langue non encore enseignée chez Berlitz et deux ou trois philosophes de comptoir solidement mousquetonnés au bar… qui n’intéressent plus grand monde vu ce qui leur reste dans les “fouilles”… et qui accessoirement servent aussi à “la claque” (j’ai dit la… pas le…)… en devisant avec nostalgie sur l’époque où le cours de l’euro était à 50 bahts...

 

Au théâtre les acteurs c’est bien... mais il faut aussi une intrigue :

S’agissant de l’intrigue, disons qu’elle est vieille comme la nuit des temps… et elle est aussi simple à résumer qu’un “Hello handsome man !”… En bref c’est l’histoire d’un type qui va découvrir au cours de la soirée qu’il est très beau et très intelligent… et qui va être tellement content de l’apprendre, qu’il va offrir à boire à tout le monde… Malheureusement, il va être frappé par un drame, à savoir une perte graduelle de clairvoyance, proportionnelle au nombre de binouzes qu’il va ingurgiter… et qui le laissera sans voix (et sans blé) au réveil avec peut être un troupeau de buffles qui échappés de la rizière galope dans sa tête...

 

Et qui dit théâtre dit aussi mise en scène :

Question organisation du spectacle, aucun souci à avoir, étant donné que pour ça, on a un metteur en scène de première bourre (sans jeu de mots…) et qui a du métier… Facile à reconnaître, c’est “l’Ancienne” qui a le plus d’heures de vol au compteur et qui reste pratiquement assise toute la soirée sur le tiroir caisse… En fait, c’est aussi la seule nana qui soit de la même génération que les clients… On l’appelle dans le jargon théâtral local, la “mama san”… Une chose est certaine, bien qu’elle n’ait jamais fait maths sup et maths spe, elle est incontestablement douée pour les chiffres vu qu’elle connaît par cœur le cours de toutes les devises et qu’elle calcule de tête plus vite qu’un ordinateur... En plus, celle là, ce n’est pas un œil qu’elle a mais un scanner… parce qu’elle n’a pas son pareil pour radiographier les poches d’un mec qui passe à dix mètres de là… et si ça vaut le coup, pour lancer sur lui une de ses “raider’s girl” afin d’aller alpaguer le quidam sur l’asphalte, avant qu’il ne glisse chez la concurrence… Vous avez déjà vu des flics aller chercher un meneur au milieu de la foule dans une manif et se le ramener derrière le bus pour un “tête à tête” ? Et bien avec elle, c’est la même technique... Et vu le créneau de mètres de trottoir dont dispose son bar, laissez moi vous dire qu’il y a intérêt à être réactif dans ce job… En plus, sa technique de persuasion est tellement au point, que même si le mec n’a pas soif, il rentre pour commander quand même à boire… Avec elle et son “équipe”, l’expression force de vente prend véritablement du sens…



Voyons maintenant la question du respect des grands principes de base du théâtre…

1) En ce qui concerne l’unité de temps : pas de souci… tout va se jouer en deux temps trois coups de décapsuleurs… Si certains pensaient de prime abord que la durée de la pièce correspondait au créneau d’ouverture légale du bistrot… ils se mettent une canette dans l’œil… sauf bien sûr quand on tombe sur un vrai “mécène” plein aux as qui va jouer les prolongations … Mais en règle générale, vu les taxes qui pèsent sur les “débits de boisson ouverts tard la nuit”, pour parler comme le journal officiel de la République, en termes de rentabilité ce serait bien trop long comme durée et ici on fait du bref... Pour qu’une affaire marche bien on doit même jouer en matinée et soirée en renouvelant le public pour s’en sortir. Sinon, c’est la fin des haricots pour la taulière… et le retour à la rizière pour un certain nombre de ses “assistantes”. Autrement dit, pour tout ce petit monde c’est adieu téléphones portables, fringues et verroterie en tous genres et re-bonjour… “Veaux, vaches, cochons”… et buffles... On vous le dit, faut que ça tourne ! C’est une question de vie... ou de retour aux activités agricoles... Disons par conséquent, que l’unité de temps ici correspondra… à la durée d’existence de la liasse de “biftons” qui est dans la poche de l’acteur principal… Si ce dernier a commis l’erreur fatale de sortir avec sa carte bancaire… là bien entendu ça risque de durer un peu plus longtemps… mais il vient toujours un moment où on atteint le plafond de retrait de la journée… et là il est temps de baisser le rideau… Encore heureux d’ailleurs…

2) Pour l’unité de lieu : ne vous inquiétez pas, elle est parfaitement respectée puisque tout va se passer dans une seule et même zone de foulée, délimitée par le comptoir, le lieu d’aisance (et oui la binouze c’est diurétique…) et... non une alcôve (comme pourraient le penser à tort certaines mauvaises langues féminines…) mais l’ATM le plus proche, qui, fait du hasard, se situera toujours à moins d’un jet de capsule de bière des tabourets… On ne le répétera jamais assez, un bar de nuit reste avant tout un débit de boisson… pas un “lupanar “. N’allez pas croire pour autant que ce soit vraiment une question d’éthique de la part du proprio… non, c’est simplement un problème de “patente”… Limonadier ou hôtelier… il faut savoir choisir… et s’y tenir car ce ne sont pas les mêmes “prestations” qu’on délivre… ni les mêmes “correspondants” auxquels on paie des “taxes”… et il n’y a pas intérêt à prendre des libertés sur ces sujets ou à se mélanger les crayons vu que sinon on risque de sérieux ennuis… Comme diraient les gens on se marcherait sur les pieds… et les pieds en Thaïlande comme chacun sait, ça peut vite devenir une source de problèmes…

3) L’unité d’action : alors là pas besoin d’avoir fait le cours Florent ou le cours Simon pour l’identifier… une seule action est en cours ce soir, à savoir la liquidation du “fonds de caisse” du pigeon de service… Je ne développerai pas plus…

 

Peut être m’objecterez-vous que la règle de la bienséance n’est pas respectée :

Alors là, je vous arrête... n’ayez surtout aucune inquiétude de ce côté-là… Vous pensez bien que si quelque chose n’allait pas, le visa d’exploitation de ce “théâtre” ne tarderait pas à être supprimé par les “autorités compétentes”, voyons… Dans un pays où l’on “floute” à la télé les images susceptibles de choquer les enfants, comme les décolletés trop plongeants par exemple, vous n’imaginez pas un instant qu’on laisserait jouer un spectacle inconvenant… Et oui… ça ne rigole pas au pays du sourire… pour preuve même le grand Shakespeare s’est fait allumer dans le temps sur Bangkok avec son personnage de Lady Macbeth jugée trop sulfureuse… Vous comprenez maintenant pourquoi on vient de fermer certains sites internet pour adultes ?... Là aussi n’insistons pas...

 

Reste enfin l’implication des spectateurs :

Pour sûr, s’il y a quelque chose d’essentiel pour que ça puisse fonctionner, c’est bien de susciter l’intérêt des gens qui passent dans la rue pour la pièce de théâtre dont nous venons de parler… mais de ce coté là ne soyons pas trop inquiets... Si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à regarder la tête de tous les mecs accompagnés qui déambulent sur le trottoir… pour comprendre qu’ils entreraient bien voir le spectacle de plus près… du moins s’ils le pouvaient… Marchant à pas lents, traînant leurs savates, regrettant que ces dernières ne soient pas équipées de lacets à resserrer à cet instant précis… on croirait assister à un “regardage” d’accident sur la motorway pour parler comme les Antillais… Certains même finissent par arriver à leur hôtel qu’ils ont encore leurs globes oculaires qui sont restés nichés quelque part dans le bastringue… c’est vous dire…

 

Alors, vous êtes convaincu(es) maintenant qu’un bar de nuit ce n’est que du théâtre ? Donc cessez de vous mettre en colère quand il nous arrive de nous y arrêter trente secondes…

.... Bon, je l’admets, j’ai un peu triché… pour que ce soit un vrai théâtre, il aurait fallu aussi un souffleur et le pompier de service…


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