Malgré ses extraordinaires capacités à communiquer avec les inconnus ainsi
que nous l’avons vu précédemment, le gros souci de Noï en fait, c’est que comme
elle a de l’ambition, elle commence à trouver le temps long dans son bastringue
ou sur son coin de trottoir et qu’elle troquerait bien son short délavé un brin
trop court et son rouge… pardon son vert à ongles agressif… contre la tenue
rose bonbon d’une de ces poupées sophistiquées qu’on voit dans ces séries
télévisées thaïlandaises hautement intellectuelles, diffusées aux heures de
grande écoute féminine…
Difficile de la blâmer au
demeurant à propos de ces aspirations, car après être restée pendant des heures
à se faire bassiner par un groupe de conteurs du soir rivés à leur comptoir, on
se doute que la perspective de partir arpenter le bitume une paire d’heures
supplémentaires pour compléter son net n’est guère réjouissante… L’idée de Noï... qui a longtemps travaillé dans le
“secteur économique dit primaire” avant de basculer vers le “secteur des
services à la personne”... plus juteux... serait bien évidemment de se trouver
un bon gros faisan d’élevage à ramener à la ferme familiale dans sa lointaine
province d’Issan… Et les faisans, ce n’est pas cela qui manque dans Pattaya...
Mais le problème avec la chasse au volatile c’est qu’il faut y aller avec
discernement, ce qui ne signifie pas seulement en trouver un de bien dodu... ça
pas de souci, ils le sont tous en règle générale... mais un qui ne soit pas
précisément du genre trop “volatile”... Ce qu’il lui faut c’est en dégoter un
tout à la fois stable et bien pourvu en espèces sonnantes et trébuchantes...
encore qu’elle préfère largement le crissement du “bifton” au tintement des
pièces... chose qu’on peut comprendre aisément... En même temps, il faut agir
aussi avec prudence car il ne faut pas essayer d’en attraper plus d’un seul à
la fois... Vu ce qui est arrivé récemment à une de ses “consœurs” qui chassait
tous azimuts, ce serait dommage de finir elle aussi lardée de coups de couteaux
par un soupirant jaloux et un peu trop possessif qui n’aurait pas apprécié ses
demandes “d’amis” sur “Face de bouc”… Avouez que comme karma c’est pas
terrible... Comme dirait une de mes connaissances, à trop vouloir essorer le
farang on risque à la fin de finir par se “faire repasser”… Que les âmes
sensibles ne soient tout de même pas exagérément inquiètes pour Noï, car même
si elle n’a pas lu l’intégrale de Pagnol, notamment “La femme du boulanger”,
elle ne tient pas à terminer dans le pétrin pour avoir voulu jouer à la
multiplication des pains…
Mais, pour Noï, prudence
ne signifie pas pour autant contemplation… car chaque passage pedibus
jambus devant un ATM finit à la force par lui donner des idées… Pour faire simple, disons que dès qu’on prononce le
mot argent, son cerveau commence à travailler à la vitesse de la fibre optique
(celle-là même qui relie l’ATM à votre banque, histoire de lui faire suivre
toutes vos éventuelles fantaisies exotiques en période de vacances tropicales)…
Pour améliorer la condition du “petit peuple” et accessoirement se payer le
dernier modèle de téléphone Apple permettant d’immortaliser le menu du jour...
entre deux clichés de membres bienfaiteurs de son bar, tous adeptes de
l’amicale de “Johnny le marcheur”... Noï sait parfaitement qu’un sponsor lui
est indispensable. Le hic en période de COVID, c’est que la plupart des mecs
qui sont sur la plage ou dans les magasins sont des “permanents” placés sous le
contrôle étroit de leurs bonnes femmes, donc intouchables... Bien sur, il en
reste quelques uns de disponibles ailleurs, notamment dans les bars ou dans la
rue… mais ce sont souvent des seconds choix. Si c’est pour trouver un demi-sel
qui sculpte la fumée, ça elle sait déjà faire et au demeurant c’est facile
comme un Wai… Comme on dit couramment, pour en ramasser un de ceux-là, il
suffit de se baisser… (avec une jupe un peu courte ça va sans dire…). Non, le
problème c’est de trouver le bon mec, celui qui sait parler (longtemps et
souvent) aux ATM, cette machine magique qui fait du cash… Si elle y arrive,
elle aura raflé la mise, sans se crever la paillasse jusqu’à point d’heure à
écouter des arsouilles en équilibre précaire sur un tabouret lui raconter leur
vie en jouant un remake de “la caméra explore le temps”… Après plus de souci…
La première chose à
déterminer, c’est donc où trouver le bon endroit pour rencontrer le perdreau de
service en question... Certainement pas
les bars ou le bitume… ça c’est sûr, on vient de le voir… A bien y réfléchir,
le mieux serait peut être d’essayer l’hôpital… Pourquoi l’hôpital ? Et bien
tout simplement parce que là c’est climatisé, qu’on peut y travailler assise
(comme dans un bar mais avec des sièges plus confortables que le tabouret…),
parce que tous les mecs non malades finissent par descendre à un moment donné
dans le hall pour boire un coup pas cher… même ceux qui sont arrivés
accompagnés... En outre, dans un tel décor il y a des chances que leur moral
soit au plus bas et qu’ils aient besoin de réconfort… De plus, cerise sur le
gâteau, dans un hosto il n’y pas de risque de faire ramasser pour un contrôle
d’identité par les “archers du Roi” comme aurait dit en son temps ce bon
commissaire San Antonio... Plus elle y pense et plus elle se dit que ça a l’air
jouable… Par ailleurs, quand on veut se faire passer pour Cendrillon ou
Cosette, reconnaissez que c’est quand même plus crédible que devant un comptoir
de bar… pas vrai ? Il y a quand même un léger inconvénient dans cette affaire,
c’est que dans ce genre d’endroit on y croise pas mal d’infirmières en tenue
immaculée et coiffe blanche, fort jeunes et fort jolies, mais heureusement, la
plupart sont plus en quête d’un médecin célibataire formé aux States et promis
à un brillant avenir... que d’un cheval de retour retraité... et boiteux.
Après le lieu, la seconde
chose importante, c’est de choisir le bon faisan à plumer… en définissant un
cahier des charges qui tienne bien la route… ou le trottoir comme vous
préférez…
Question âge ? 50 – 60
ans… pas moins… mais en vérifiant quand même que le loustic n’ait pas une
prestation compensatoire ou une pension alimentaire à payer dans son pays
d’origine à une “miss tsunami” l’ayant laissé sur la paille (de riz) après un
divorce houleux… Question tsunami, merci,
comme on a déjà donné pas mal dans le pays, pas la peine d’en affronter un
second... En plus manquerait plus qu'elle se fasse refaire à cause d’une autre
morue… et puis quoi encore… Avec la mama san le racket ça suffit déjà comme ça…
Moins de cinquante balais, il y a comme qui dirait encore de la “ressource”
mais dans ce cas c’est le mec qui a le contrôle de la loi de l’offre et de la
demande… Là, c’est un choix pimenté, mais risqué… Plus de soixante ans, on
approche de la date de péremption… Certes c’est un choix raisonné et sécurisé,
mais à coup sûr certainement ennuyeux… En plus il lui faudrait gérer un
planning pour éviter que “le vénérable” ne se retrouve un jour nez à nez avec
l’inévitable petit ami thaï… ce qui l’obligerait alors à faire embaucher ce
dernier pour pousser la chaise roulante… en le faisant passer pour un cousin...
Tout ça pourrait devenir très, très compliqué à gérer… A voir donc…
Question nationalité ? Alors là tout… sauf du local,
parce que la condition de “mia noï” en Thaïlande, c’est à dire de maîtresse
d’un mec à pognon, c’est comme qui dirait encore plus précaire qu’un statut
saisonnier d’ouvreur d’huîtres à Arcachon… Il y a des chances que ça dure moins
longtemps que les impôts cette affaire... d’autant que la concurrence est dure
dans ce milieu.
Question niveau intellectuel ? Il ne faut pas que le
type soit une lumière vu qu’il faut qu’il ait impérativement le sentiment de
venir en aide à une déshéritée qu’il sort du malheur, autrement dit de faire
une bonne action… En gros, un mec qui croit que dans la vraie vie de tous les
jours en Thaïlande, c’est comme dans le film “Lady bar” ou dans le roman “Le
petit monde de Suzy Wong”… Maintenant, attention quand même, car si le type est
vraiment trop idiot, il y a aussi le risque de se le faire piquer par une femme
de ménage birmane qui aura su l’émouvoir autant par son châssis que par son
discours à propos du manque de liberté dans son pays… En fait ça veut dire
qu’il faudra penser à le faire surveiller dans les débuts par des copines
(fiables)… contre une remise de dettes pour le fric qu’elles ont perdu aux
cartes… Et oui, il n’y a pas que les banques qui doivent faire appel à des
sociétés de protection !
Mais puisqu’une une
célèbre maxime dit que « Tapiner c’est prévoir… », il faudra aussi qu’elle
pense rapidement à organiser l’avenir… Donc
si la pêche est bonne, il s’agira pour elle de prendre ses dispositions afin de
protéger ses vieux jours… Jusqu’à présent, protection rimait généralement avec
prélèvements monétaires… Dons à la caisse monacale pour s’acheter quelques
mérites en vue des temps futurs, histoire d’améliorer un karma légèrement
pourri…, passage sans reçu à la caisse des “œuvres sociales” des gardiens de
l’ordre du commissariat local pour préserver son espace de travail et éviter de
se retrouver à l’ombre… et même certains jours, carrément passage gratis à la
casserole pour aider ces derniers à évacuer le stress lié à l’exercice de
l’autorité sur la voie publique… Non désormais, si protection il doit y avoir,
ce sera sous la forme d’un bon compte bancaire bien rempli et à son nom…
Comme vous pouvez le
constater, gérer la crise économique liée au COVID pour une gogo girl c’est
tout... sauf de l’improvisation… Mais
comme je ne voudrais surtout pas que vous vous imaginiez que m’apitoyant sur le
chômage des “animatrices de rue” en Thaïlande mon étude sociale pourrait
déboucher sur un sponsoring actif, nous allons donc nous retirer et abandonner
Noï à ses réflexions en la laissant dérouler toute seule son “business plan”...
Espérons simplement que vous n’aurez pas à faire un passage dans les prochaines
semaines du côté de l’hôpital de Pattaya… des fois qu’elle y serait déjà… Elle
pourrait alors très bien vous confondre avec un distributeur de billets… Enfin vous voilà
prévenus…

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