mercredi 4 novembre 2020

Galeries de portraits : en arpentant le bitume, à la rencontre de “Noï la gagneuse”... (1)

 





Faisant suite à mon récent article à propos des soirées nocturnes dans les bars, article écrit bien entendu à l’attention de tous ceux qui ont un jour voulu savoir ce qui s’y passait sans jamais oser le demander... et surtout sans rien payer... je poursuis donc mes élucubrations siamoises en dressant une série de portraits de gens que l’on peut croiser en sortant de chez soi car ici, faut il vous le rappeler, COVID ou pas, le confinement n’est pas de mise... Mais pouvoir sortir de chez soi ne signifie pas pour autant que la situation économique soit réjouissante, car dans un pays qui vit en partie du tourisme, bien des gens se retrouvent au chômage à commencer par ces “gogo girls” popularisées par les reportages à sensation de Bernard de la Villardiere sur Pattaya, Phuket ou sur certaines rues spécialisées de Bangkok..... Coup de projecteur sur une profession en danger...

 

Question impact économique de la COVID sur les gens vivant du tourisme, j’aurais bien entendu pu vous parler longuement du difficile devenir des hôteliers ou des guides touristiques spécialisés en visites de temples... Mais avouez quand même que cela risquerait d’être d’une banalité affligeante, d’autant plus, s’agissant des guides, que comme vous en avez en ce moment une palanquée de désœuvrés du coté du Louvre, autant aller leur poser la question vous même si vous êtes inquiet quant au devenir de la profession... Les “gogo girls” en revanche, c’est certainement plus attractif comme sujet d’étude car ça ne court pas les rues... du moins en France... tandis qu’ici en temps normal, c’est un peu comme un jour de soldes aux galeries Lafayette... ça se bouscule dans certains quartiers... En attendant la réouverture des frontières, faisons donc le point si vous le voulez bien sur cette question angoissante et angoissée que se posent tous les potentiels touristes saisonniers, esseulés et en quête de réconfort affectif, à savoir comment font en leur absence ces “ambianceuses” pour survivre par ces temps de disette... Pour être honnête, plusieurs mois après la fermeture du pays aux miasmes importés de l’étranger, le devenir de cette population, dont le pouvoir attractif sur le célibataire occidental au moins aussi fort que celui d’une étoile du guide Michelin sur le palais du gourmet de base, est encore plus sombre et plus préoccupant que celui des intermittents du spectacle du festival d’Avignon... Au risque, soit de me faire écharper par un collectif d’adeptes inconditionnels du pays du Sourire fortement en colère, car me faisant reproche de colporter encore une fois un cliché trompeur et réducteur de la Thaïlande, soit de choquer un patronage de bien pensant(es) qui n’ont visiblement jamais mis les pieds en dehors de leur hôtel climatisé et aseptisé lorsqu’ils voyagent au delà des frontières de l’hexagone, penchons nous sur cette profession qui travaille dans l’ombre... Enfin quand je dis dans l’ombre, c’est une façon de parler, car entre celles qui œuvrent dans la psychanalyse active et encadrée sous les spots des bars et celles qui, ayant opté pour un statut libéral, pratiquent la randonnée itinérante sous les réverbères, pas besoin de caméra thermique pour les repérer...

 

Comme dans toute étude... de mœurs... pour y voir clair concernant cette profession, il nous faut commencer par trouver un échantillon représentatif de la corporation... Pour ce faire, pas besoin d’aller très loin car nous avons à notre disposition celle que nous nommerons “Noï la gagneuse”… Pour la rencontrer, c’est super facile, il suffit de traverser la rue... sous réserve du moins que vous soyez du mauvais coté du trottoir... mais ça ce serait quand même étonnant dans une ville comme Pattaya où par définition le bon coté du trottoir pour ce genre de prise de contact, c’est des deux cotés de la rue... Si d’aventure le trottoir est vide, à mon avis, c’est que vous vous êtes trompé de ville... c’est la seule explication que je puisse raisonnablement envisager... et il ne vous reste plus alors qu’à remonter dans un bus pour poursuivre votre route en direction du “laboratoire”...

 

Précisons au passage quand même pour ceux qui n’ont pas encore lu “Plateforme” de Houellebecq... ou pour ceux qui n’ayant pas la télé n’ont encore jamais visionné un des reportages dits à sensation du sieur de la Villardiere à défaut d’être sensationnels... que la “gogo girl” est un personnage essentiel des cités balnéaires thaïlandaises et de quelques rues particulières de Bangkok, la “capitale des anges”, traduction littérale de son appellation dans le jargon local… Si d’aventure un jour, prenant votre courage à deux mains (ou votre solitude), vous vous risquez à aller explorer ces “walking streets”, littéralement ces rues piétonnes, ne soyez pas surpris avant même de rencontrer Noï, d’y croiser pas mal de“rentiers du 93” venus flamber les primes qu’ils ont grattées sur votre dos grâce aux aides multiples et variées versées aux nécessiteux par les contribuables français... ou les bénéfices tirés du “commerce des herbes de Provence”... Pour en revenir à Noï et à ses “consœurs”, pas d’inquiétude à avoir, vous ne pourrez pas les louper.... Comme signe distinctif, en plus d’être maquillées comme des voitures volées et d’afficher un des stigmates de la crise économique actuelle, à savoir un manque flagrant de tissu vestimentaire, elles sont toutes polyglottes et bien mieux qu’un agent de l’immigration, elles sont capable de vous interpeller dans la langue que votre mère vous a enseignée, ce avant même que vous n’ouvriez la bouche, pour vous indiquer le bon chemin à suivre... des fois que vous vous égareriez. A croire qu’elles donnent dans la divination... Quand on vous dit que c’est un métier !!! Une chose est d’emblée évidente, cette serviabilité et cette faculté à pratiquer les langues ne peuvent manquer de vous les rendre spontanément sympathiques car comme chacun sait, on est toujours bien contents de pouvoir communiquer avec quelqu’un quand on se retrouve seul en pays inconnu... Et ça ce n’est que le premier effet “kiss... cool”... Le second on en reparlera plus tard...

 

Pour en revenir à Noï, “gogo girl” professionnelle abonnée à un bar… mais un brin ascendant “tapineuse de l’asphalte” les jours de relâche du bastringue… il faut que vous sachiez qu’elle est venue comme beaucoup à Pattaya sur invitation d’une copine pour faire la “saison”... en gros, un peu comme chez nous en France quand on descend dans le midi pour faire la période des vendanges… Après seulement quelques semaines de travail, de l’avis général, force est de constater que pour “vendanger”, le moins qu’on puisse dire c’est que Noï se débrouille bien, vu qu’en matière de grappes elle n’est pas trop regardante sur l’origine du cépage... même si sa couleur préférée reste bien évidemment le vert sombre... la même couleur en fait que celle du billet de l’oncle Sam... Que les âmes prudes ne commencent surtout pas à lui faire un procès d’intention car Noï est un rouage central et indispensable de l’économie locale... voire du commerce équitable... En effet, sans elle il n’y aurait pas de “touriste en goguette”, sans “touriste en goguette” il n’y aurait pas de 13eme mois pour les représentants locaux de la “maison Royco”, généralement postés en embuscade à chaque coin de rue, et sans ces derniers... Arrêtons là cette énumération en cascade, autant pour faire bref que pour m’éviter de possibles ennuis ultérieurs en période de renouvellement de visa... En résumé, si Noï n’était pas là, ce serait le chaînon manquant de l’économie locale... Bien sûr, si on commence à s’interroger pour savoir qui de la “gagneuse” ou du client justifie la présence de l’autre, on en revient toujours à la même histoire, à savoir qui de la poule (sans jeu de mots…) ou de l’œuf (sans nécessaire référence autant à la calvitie de certains clients qu’à leur tour de taille…) était là en premier… Enfin, passons, car là n’est pas la vraie question... Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est surtout la vision de l’homme... pardon, de la femme de la rue... sur la façon de lutter contre l’impact de la crise économique générée par la COVID...

 

Comme toujours en période de crise, il apparaît que pour survivre en ces temps de COVID rien ne vaut une bonne concertation entre tous les acteurs et une bonne communication entre les différentes parties prenantes... Je m’explique... Même si les occidentaux, les “farangs” comme on les appelle ici, sont beaucoup moins nombreux qu’autrefois, ceux qui restent ont tous une ressource essentielle et fortement enviée des “animatrices de rue” pour combattre les effets secondaires de la COVID... Cette ressource c’est un petit morceau de plastique doté d’une puce électronique qui leur permet de se faire entendre de leur banquier via le distributeur de billets, l’ATM, comme on dit ici... et lorsqu’ils parlent à l’ATM ce dernier leur répond sans problème... en crachant du cash... et ceci parfois plusieurs fois par jour si nécessaire... Noï qui n’est pas tombée de la dernière pluie a vite compris que si elle tombait sur un mec seul en cours de discussion avec cet ATM sa journée de turf aurait des chances d’être écourtée... Et effectivement, très rapidement Noï est vite devenue la femme qui sait parler à l’homme qui lui même sait parler à l’ATM, cet obscur objet du désir féminin asiatique... Disons pour élever le débat et ne pas donner aux esprits chagrins et pudiques le sentiment qu’on traîne un peu dans l’égout avec ce sujet, qu’on a alors vu s’opérer comme qui dirait une sorte de relation de transitivité entre la machine magique, le mec en attente de liquidités et elle... étant donné que les biftons n’ont pas vraiment le temps de trop moisir dans la poche du mec... Vous me suivez ?... Un dernier détail quand même... Quand je dis que Noï parle, ne croyez pas qu’elle ait besoin d’élever la voix pour faire couler le liquide... Un murmure accompagnant un sourire qui en dit long suffit en fait pour ça... Pour vous faire une idée de la scène, dites vous que c’est un peu comme dans le film “L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux” où Robert Redfort communique super bien avec les bourrins et les guéris de leurs angoisses... sauf que sur le front de mer de Pattaya il n’y a pas beaucoup de chevaux... mais des ânes ça pour sûr, ce n’est pas ce qui manque, même en période de COVID...

 

Pour résumer on pourrait dire en quelque sorte que Noï, c’est en fin de compte “la femme qui murmure à l’oreille des ânes”...


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