Faisant suite à mon récent article à propos des soirées nocturnes dans les
bars, article écrit bien entendu à l’attention de tous ceux qui ont un jour
voulu savoir ce qui s’y passait sans jamais oser le demander... et surtout sans
rien payer... je poursuis donc mes élucubrations siamoises en dressant une
série de portraits de gens que l’on peut croiser en sortant de chez soi car
ici, faut il vous le rappeler, COVID ou pas, le confinement n’est pas de
mise... Mais pouvoir sortir de chez soi
ne signifie pas pour autant que la situation économique soit réjouissante, car
dans un pays qui vit en partie du tourisme, bien des gens se retrouvent au
chômage à commencer par ces “gogo girls” popularisées par les reportages à
sensation de Bernard de la Villardiere sur Pattaya, Phuket ou sur certaines
rues spécialisées de Bangkok..... Coup de projecteur sur une profession en
danger...
Question impact
économique de la COVID sur les gens vivant du tourisme, j’aurais bien entendu
pu vous parler longuement du difficile devenir des hôteliers ou des guides
touristiques spécialisés en visites de temples... Mais avouez quand même que cela risquerait d’être
d’une banalité affligeante, d’autant plus, s’agissant des guides, que comme
vous en avez en ce moment une palanquée de désœuvrés du coté du Louvre, autant
aller leur poser la question vous même si vous êtes inquiet quant au devenir de
la profession... Les “gogo girls” en revanche, c’est certainement plus
attractif comme sujet d’étude car ça ne court pas les rues... du moins en France...
tandis qu’ici en temps normal, c’est un peu comme un jour de soldes aux
galeries Lafayette... ça se bouscule dans certains quartiers... En attendant la
réouverture des frontières, faisons donc le point si vous le voulez bien sur
cette question angoissante et angoissée que se posent tous les potentiels
touristes saisonniers, esseulés et en quête de réconfort affectif, à savoir
comment font en leur absence ces “ambianceuses” pour survivre par ces temps de
disette... Pour être honnête, plusieurs mois après la fermeture du pays aux
miasmes importés de l’étranger, le devenir de cette population, dont le pouvoir
attractif sur le célibataire occidental au moins aussi fort que celui d’une
étoile du guide Michelin sur le palais du gourmet de base, est encore plus
sombre et plus préoccupant que celui des intermittents du spectacle du festival
d’Avignon... Au risque, soit de me faire écharper par un collectif d’adeptes
inconditionnels du pays du Sourire fortement en colère, car me faisant reproche
de colporter encore une fois un cliché trompeur et réducteur de la Thaïlande,
soit de choquer un patronage de bien pensant(es) qui n’ont visiblement jamais
mis les pieds en dehors de leur hôtel climatisé et aseptisé lorsqu’ils voyagent
au delà des frontières de l’hexagone, penchons nous sur cette profession qui
travaille dans l’ombre... Enfin quand je dis dans l’ombre, c’est une façon de
parler, car entre celles qui œuvrent dans la psychanalyse active et encadrée
sous les spots des bars et celles qui, ayant opté pour un statut libéral,
pratiquent la randonnée itinérante sous les réverbères, pas besoin de caméra
thermique pour les repérer...
Comme dans toute étude...
de mœurs... pour y voir clair concernant cette profession, il nous faut
commencer par trouver un échantillon représentatif de la corporation... Pour ce faire, pas besoin d’aller très loin car nous
avons à notre disposition celle que nous nommerons “Noï la gagneuse”… Pour la
rencontrer, c’est super facile, il suffit de traverser la rue... sous réserve
du moins que vous soyez du mauvais coté du trottoir... mais ça ce serait quand
même étonnant dans une ville comme Pattaya où par définition le bon coté du
trottoir pour ce genre de prise de contact, c’est des deux cotés de la rue...
Si d’aventure le trottoir est vide, à mon avis, c’est que vous vous êtes trompé
de ville... c’est la seule explication que je puisse raisonnablement
envisager... et il ne vous reste plus alors qu’à remonter dans un bus pour
poursuivre votre route en direction du “laboratoire”...
Précisons au passage
quand même pour ceux qui n’ont pas encore lu “Plateforme” de Houellebecq... ou
pour ceux qui n’ayant pas la télé n’ont encore jamais visionné un des
reportages dits à sensation du sieur de la Villardiere à défaut d’être
sensationnels... que la “gogo girl” est un personnage essentiel des cités
balnéaires thaïlandaises et de quelques rues particulières de Bangkok, la
“capitale des anges”, traduction littérale de son appellation dans le jargon
local… Si d’aventure un jour, prenant
votre courage à deux mains (ou votre solitude), vous vous risquez à aller
explorer ces “walking streets”, littéralement ces rues piétonnes, ne soyez pas
surpris avant même de rencontrer Noï, d’y croiser pas mal de“rentiers du 93”
venus flamber les primes qu’ils ont grattées sur votre dos grâce aux aides
multiples et variées versées aux nécessiteux par les contribuables français...
ou les bénéfices tirés du “commerce des herbes de Provence”... Pour en revenir
à Noï et à ses “consœurs”, pas d’inquiétude à avoir, vous ne pourrez pas les
louper.... Comme signe distinctif, en plus d’être maquillées comme des voitures
volées et d’afficher un des stigmates de la crise économique actuelle, à savoir
un manque flagrant de tissu vestimentaire, elles sont toutes polyglottes et
bien mieux qu’un agent de l’immigration, elles sont capable de vous interpeller
dans la langue que votre mère vous a enseignée, ce avant même que vous
n’ouvriez la bouche, pour vous indiquer le bon chemin à suivre... des fois que
vous vous égareriez. A croire qu’elles donnent dans la divination... Quand on
vous dit que c’est un métier !!! Une chose est d’emblée évidente, cette
serviabilité et cette faculté à pratiquer les langues ne peuvent manquer de
vous les rendre spontanément sympathiques car comme chacun sait, on est
toujours bien contents de pouvoir communiquer avec quelqu’un quand on se
retrouve seul en pays inconnu... Et ça ce n’est que le premier effet “kiss...
cool”... Le second on en reparlera plus tard...
Pour en revenir à Noï,
“gogo girl” professionnelle abonnée à un bar… mais un brin ascendant “tapineuse
de l’asphalte” les jours de relâche du bastringue… il faut que vous sachiez
qu’elle est venue comme beaucoup à Pattaya sur invitation d’une copine pour
faire la “saison”... en gros, un peu comme chez nous en France quand on descend
dans le midi pour faire la période des vendanges… Après seulement quelques semaines de travail, de
l’avis général, force est de constater que pour “vendanger”, le moins qu’on
puisse dire c’est que Noï se débrouille bien, vu qu’en matière de grappes elle
n’est pas trop regardante sur l’origine du cépage... même si sa couleur
préférée reste bien évidemment le vert sombre... la même couleur en fait que
celle du billet de l’oncle Sam... Que les âmes prudes ne commencent surtout pas
à lui faire un procès d’intention car Noï est un rouage central et
indispensable de l’économie locale... voire du commerce équitable... En effet,
sans elle il n’y aurait pas de “touriste en goguette”, sans “touriste en
goguette” il n’y aurait pas de 13eme mois pour les représentants locaux de la
“maison Royco”, généralement postés en embuscade à chaque coin de rue, et sans
ces derniers... Arrêtons là cette énumération en cascade, autant pour faire
bref que pour m’éviter de possibles ennuis ultérieurs en période de
renouvellement de visa... En résumé, si Noï n’était pas là, ce serait le
chaînon manquant de l’économie locale... Bien sûr, si on commence à
s’interroger pour savoir qui de la “gagneuse” ou du client justifie la présence
de l’autre, on en revient toujours à la même histoire, à savoir qui de la poule
(sans jeu de mots…) ou de l’œuf (sans nécessaire référence autant à la calvitie
de certains clients qu’à leur tour de taille…) était là en premier… Enfin,
passons, car là n’est pas la vraie question... Ce qui nous intéresse
aujourd’hui c’est surtout la vision de l’homme... pardon, de la femme de la
rue... sur la façon de lutter contre l’impact de la crise économique générée
par la COVID...
Comme toujours en période
de crise, il apparaît que pour survivre en ces temps de COVID rien ne vaut une
bonne concertation entre tous les acteurs et une bonne communication entre les
différentes parties prenantes... Je
m’explique... Même si les occidentaux, les “farangs” comme on les appelle ici,
sont beaucoup moins nombreux qu’autrefois, ceux qui restent ont tous une
ressource essentielle et fortement enviée des “animatrices de rue” pour
combattre les effets secondaires de la COVID... Cette ressource c’est un petit
morceau de plastique doté d’une puce électronique qui leur permet de se faire
entendre de leur banquier via le distributeur de billets, l’ATM, comme on dit
ici... et lorsqu’ils parlent à l’ATM ce dernier leur répond sans problème... en
crachant du cash... et ceci parfois plusieurs fois par jour si nécessaire...
Noï qui n’est pas tombée de la dernière pluie a vite compris que si elle
tombait sur un mec seul en cours de discussion avec cet ATM sa journée de turf
aurait des chances d’être écourtée... Et effectivement, très rapidement Noï est
vite devenue la femme qui sait parler à l’homme qui lui même sait parler à
l’ATM, cet obscur objet du désir féminin asiatique... Disons pour élever le
débat et ne pas donner aux esprits chagrins et pudiques le sentiment qu’on
traîne un peu dans l’égout avec ce sujet, qu’on a alors vu s’opérer comme qui
dirait une sorte de relation de transitivité entre la machine magique, le mec
en attente de liquidités et elle... étant donné que les biftons n’ont pas
vraiment le temps de trop moisir dans la poche du mec... Vous me suivez ?... Un
dernier détail quand même... Quand je dis que Noï parle, ne croyez pas qu’elle
ait besoin d’élever la voix pour faire couler le liquide... Un murmure
accompagnant un sourire qui en dit long suffit en fait pour ça... Pour vous
faire une idée de la scène, dites vous que c’est un peu comme dans le film
“L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux” où Robert Redfort communique
super bien avec les bourrins et les guéris de leurs angoisses... sauf que sur
le front de mer de Pattaya il n’y a pas beaucoup de chevaux... mais des ânes ça
pour sûr, ce n’est pas ce qui manque, même en période de COVID...
Pour résumer on pourrait
dire en quelque sorte que Noï, c’est en fin de compte “la femme qui murmure à
l’oreille des ânes”...

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