dimanche 10 janvier 2021

Et si on allait plutôt courir a la plage...

 



Phuket… avec ses cocotiers et ses plages dorées… comme dans la chanson… Pourrait-on rêver d’un cadre plus agréable que le bord de mer de Phuket pour courir ?…

 

Phuket, le bonheur absolu pour faire du sport… Oui, enfin sur les catalogues et dans les clips vidéo… parce que dans la réalité, ce serait plutôt l’enfer du joggeur… Non pas à cause des voitures, des camions... et de tout ce qui pourrait vous expédier dare dare à l’hôpital ou au frigo après vous être passé sur le corps… Pour tout dire, il y a là autant de véhicules fous qu’ailleurs… exception faite de ce bled de l’Issan, oublié même des "Phi", où je vous avais proposé précédemment d’aller vous dépenser…

Non, si je parle d’enfer du joggeur, c’est parce que celui qui a l’intention de se livrer à ce sport à Phuket a intérêt à avoir un moral à toute épreuve, vu la pression psychologique qu’il va subir de la part de l’environnement dans lequel il va se plonger… Commençons donc par le début…

Le premier point important pour aller faire un jogging sur cette île… qui n’en n’est pas réellement une comme chacun sait, quelque part du côté de Rawai beach par exemple, c’est de bien choisir l’heure à laquelle on veut courir…

Un conseil d’ami : si vous faites partie de ces « vieux de la vieille » (qui ont tendance à l’oublier un peu…) venus un jour se poser dans le secteur, surtout évitez soigneusement le petit matin et le crépuscule ! Pourquoi me direz-vous, puisque c’est à ce moment qu’il fait le plus frais ?... Certes, certes il fait frais… mais ça peut aussi devenir très chaud pour vous car c’est aussi à ce moment là que vous risquez de croiser de possibles copains que vous connaissez et qui ne manqueront pas de se fendre la poire en vous voyant affublé de votre short et de votre débardeur… Le crépuscule et le petit matin sont en effet les deux moments clé ou tous vos potes sont dans la rue… on pourrait même dire les seuls moments… vu que le reste du temps soit ils font la bamboula (la nuit) soit ils cuvent et ils roupillent (le jour)…

Le crépuscule, étant comme chacun sait l’heure où les « grands fauves » vont boire et partent chasser… ne soyez donc pas surpris de voir tous vos potes de comptoir, juchés sur leur scooter, lunettes noires sur les yeux, commencer à sortir de toutes les soï environnantes au fur et à mesure que le soleil baisse, un peu dans le style « début de journée d’un vampire », pour se diriger vers un de ces points « d’eau » que d’aucun(es) appellent des lieux de perdition (tout de suite les grands mots…) que vous fréquentiez aussi… souvenez-vous… il y a peu… Ne niez donc pas… D’aucuns disent même que vous en étiez le « poteau mitan » comme on dirait aux Antilles… et si vous ne vous étiez pas fait prendre un jour dans un « chalut » il est probable que vous y seriez encore…

Et oui, comme dirait l’autre, ce n’est pas parce que la mariée est aujourd’hui en blanc… qu’elle n’a pas bien vécu avant… n’est ce pas ?

Enfin, si malgré tout vous persistez à vous entraîner dans ce créneau horaire, vu votre carnet d’adresse et votre background, vous avez intérêt à vous équiper d’une paire de lunettes noires pour passer inaperçu, de rentrer le ventre, de poser une casquette sur votre calvitie bien affirmée… en un mot de raser les murs… ce qui vous permettra accessoirement de courir à l’ombre…

Quand à l’idée de partir dérouler au petit matin, laissez moi vous dire que ce n’est pas mieux vu que tous ceux qui se sont un peu « attardés » rentrent avec leurs « achats » de la veille en travers de la selle du scooter, « achats » qui je tiens à le préciser à l’attention des néophytes non pas été réalisés dans une épicerie locale, un seven – eleven, mais plutôt dans un autre type de commerce ouvert tard la nuit que je baptiserai par analogie de… eleven (pm) – seven (am)… les initiés me comprendront… Bien sûr, si vos potes sont suffisamment fumés pour ne pas vous reconnaître ça ira… mais ça, ce n’est pas certain…

Quoi qu’il en soit, si toutefois vous êtes parvenu à éviter de croiser des visages connus (on peut toujours rêver..), sachez que vous vous engagez à présent  dans un parcours qui va réellement se transformer en chemin de croix… et où votre moral sera mis à rude épreuve…

Le premier coup au moral que vous risquez de recevoir pendant votre jogging, c’est lorsqu’au moment précis où vous commencez à en baver comme une bête sur cette route écrasée par la canicule, vous entendez dans votre dos résonner une sorte de  cli-clap régulier qui va crescendo… bruit caractéristique d’une savate asiatique en train de claquer sur l’asphalte… En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, vous sentez… non pas un souffle chaud dans la nuque, je vous rassure… mais un regard narquois se poser sur vous au moment où un nain en tongs usagées vous dépasse allègrement dans la montée où vous êtes en train de cracher vos poumons... Aussi confortablement équipé avec cette paire de savates de compétition sans doute élaborée par Ho Chi Minh, que vous avec vos pompes à coussins d’air incorporés, le mec en question vous lance un « Hello farang ! » accompagné d’un sourire thaï (version Yim yo, signifiant « t’es nul vieux débris et je me fiche bien de ta gueule ») … avant de disparaître au loin dans la brume de chaleur…

Bien entendu, ce n’est pas l’envie qui vous manque de lui dire à cet ahuri ce que vous en pensez de son « Hello farang ! » mais même en situation d’apoplexie, vous gardez suffisamment de lucidité pour vous souvenir que cette zone est truffée d’écoles de Muai thaï, autrement dit de boxe thaïlandaise… et qu’il y a 99,99 % de chances que ce mec soit un stagiaire à l’entraînement, essayant de perdre les quelques grammes nécessaires à sa classification pour le prochain match… Comme un vulgaire coquillage à marée basse, vous la moulez et vous continuez votre chemin de croix tout en perdant autant de sueur qu’un camion thaïlandais rafistolé par un garagiste de brousse perd d’huile sur un chemin défoncé du lointain Issan.

Si vous pensez que vos malheurs vont se limiter à cette humiliation, vous vous trompez… Quand on a pris le calice en main, il faut le boire jusqu’au bout… autrement dit jusqu’à la lie… Je traduis à l’attention de tous ceux qui résident depuis très, très… trop longtemps sur Phuket et qui ne sont pas abonnés à « Témoignage chrétien » : quand on a une Sing dans la pogne, on se la tape jusqu’à la mousse !…

En effet, c’est précisément au moment où vous êtes en train de commencer à oublier ce gamin insolent qu’intervient le second coup du sort.

Précisons avant d’aller plus loin pour ceux qui ne le sauraient pas encore, que ce coin de route de Phuket sur lequel vous avez décidé de vous entraîner est bordé d’au moins autant de bars de nuit, (ouverts aussi de jour vu qu’on y pratique parfois les trois huit…) qu’il y a de platanes sur les bas côtés d’une nationale de France… Comment dans ces conditions, s’étonner qu’à un moment donné ne jaillisse d’une paillote devant laquelle vous passez, l’inévitable « Hello handsome man ! »... On a beau être un vieux routier de la nuit comme vous, le premier réflexe est de lever les yeux de l’asphalte brûlant pour regarder d’où vient la voix qui vous interpelle avec autant d’acuité et de… discernement… Bien évidemment, cette séquence intervient au moment précis où votre vitesse de progression commençait à s’apparenter à celle de la tectonique des plaques… Avouez quand même que pour résister à la tentation de quitter ce qui est devenu une nouvelle colline du Golgotha, il faudrait avoir une force de caractère de titan…

Bien que je m’en lave les mains, car ce n’est pas mon affaire, permettez moi à ce stade de l’épreuve, car c’en est une, de repréciser les données du problème ou plutôt du dilemme pour vous aider à prendre votre décision :

- soit vous continuez à « courir » et vous finirez inévitablement en vous desséchant au soleil sur cette route comme un vieux chameau sur les pistes de Tamanrasset : c’est sûr que vous aurez perdu des calories mais pas que ça…

- soit vous répondez à l’appel qui vous a été lancé et vous rejoignez l’ombre rafraîchissante de la paillote où déjà deux ou trois gogo girls juchées sur leurs tabourets ont commencé à s’agiter à votre vue comme des perroquets sur leur perchoir…

Ne soyons pas obtus quand même… et faisons preuve d’un minimum d’ouverture d’esprit… Une solution intermédiaire pourrait certes être envisageable, une sorte de compromis… Vous pourriez, par exemple, vous contenter de ne faire qu’une halte technique dans ce havre de paix et de fraîcheur et reprendre votre périple après une ou deux bières glacées dégustées en charmante compagnie…

Le seul problème, et tous ceux qui sont un jour entrés dans un de ces débits de boisson, ne serait ce que pour y boire une limonade, ne me contrediront pas… c’est que si l’on sait quand on y entre… on ne sait jamais quand on va en sortir… et dans quel état… J’en connais un comme ça dans le muban où je vis, qui parti un matin pour dérouler quelques kilomètres n’est revenu que... le lendemain aux aurores après un arrêt qui ne devait durer au départ que le temps de descendre une mousse ou deux… Je sais que c’était aux aurores qu’il est rentré parce que quand j’ai entendu gueuler sa femme pour lui souhaiter la bonne arrivée, le jour se levait à peine… Et oui, on part pour un jogging et c’est le début des emmerdes…

Vues les conséquences graves de la décision à laquelle vous êtes confronté, je ne peux me permettre de décider à votre place… En plus comme je ne tiens pas à me retrouver impliqué moi aussi dans le coup de vent qui accompagnera « le retour du mari prodigue » au bercail je préfère vous abandonner à votre libre arbitre sur cette route de la tentation, en espérant simplement que vous ne serez parti qu’avec une liasse de billets en poche et non pas avec votre carte bancaire… Si tel était le cas, vous êtes alors vraiment très, très mal barré… car pour reprendre les termes de quelqu’un que je connais, vous avez toutes les chances de vous retrouver pris dans un processus d’essorage lancé à la vitesse maximum… dont on risque de parler longtemps dans la chaumière (la vôtre bien évidemment...)…

Et oui, vous le voyez, que ce soit à Phuket comme à Bangkok ou au milieu de nulle part, courir n’est pas une sinécure… et même sur une petite route tranquille comme celle de Rawai beach… Estimez vous heureux encore que notre bon joggeur ne soit pas parti traîner ses baskets le long de Patong beach parce qu’en plus il aurait fallu que je le fasse slalomer entre les jet-ski qu’on décharge, sauter par-dessus les poubelles qui dégueulent sans oublier de zigzaguer en tentant d’éviter le maillage de câbles tendus sur le sable par tous les fanatiques du parachute ascensionnel… Quand je vous disais que c’était un sport complet…

 

C’est donc sur cette dramatique fin que je vais clore cette série de billets consacrés à la pratique du jogging au royaume de Siam… en espérant ne pas trop vous avoir sapé le moral…


Et si le bonheur était dans la riziere…

 

 

Après le joggeur « urbi »… penchons donc nous à présent sur le cas du joggeur « orbi », qui a choisi pour débarrasser ses poumons des miasmes et des fumées de Bangkok, de faire une cure en sanatorium dans l’Est de la Thaïlande, plus précisément dans un village coincé entre rizière et … rizière…

 

Notre bon expat aurait peut être aimé faire sa « cure » ailleurs, mais que voulez-vous, vu que sa compagne était du coin, il n’a pas tellement eu le choix… et quand il s’est réveillé de la cuite à laquelle il a eu droit pour fêter son arrivée, il était bien trop tard pour revenir sur les engagements (ou les promesses d’ivrogne) pris au cours de la nuit… Et pour une cuite cela en a été une sacrée !… Qu’est ce que vous voulez, l’arrivée dans un village perdu de l’Issan d’un distributeur de billets, d’un ATM comme on dit ici, c’est comme l’installation de l’eau et de l’électricité au fin fond de l’Auvergne… Ca se fête…

Cet expatrié là, précisons qu’en général lorsqu’il en vient à se tourner vers le sport, ce n’est pas seulement à cause de la balance… C’est aussi parce qu’il commence à en avoir sa dose du gardiennage des buffles, du ravalement des façades de la plupart des maisons du quartier à prix coûtant (pour lui bien évidemment…), maisons qui appartiennent toutes à des parents de sa douce, parents naturellement confrontés à un mauvais karma et qu’il faut aider…

Lorsqu’il se décide à faire du jogging, les premiers temps notre expat est un peu la vedette dans le village, étant donné qu’on n’a jamais vu personne oser se trimballer fringué comme il l’est et partir courir sous le soleil à l’heure où en principe on se pose… Pour être clair, au départ comme à l’arrivée de son jogging, avec le public sur les côtés de la rue principale (et unique) c’est un peu l’ambiance disons… des derniers kilomètres de l’Alpe d’Huez… avec en prime les commentaires de la course assurés par un parent de sa moitié… Se sentir la vedette du jour, cela a au moins un avantage, c’est que ça aide à oublier qu’il fait chaud… et surtout là où on est venu atterrir…

Finalement, au bout d’un certain temps notre expat en arrive à se dire que courir sur une piste ou le long des rizières, en fin de compte c’est bon pour la forme car cela lui permet de décompresser, d’évacuer le stress… ainsi que tout ce qu’il picole avec les mecs du village… Tout se passerait donc très bien… jusqu’au jour où se produit une mauvaise rencontre…

La première rencontre désagréable qu’il peut faire sur une piste herbeuse, en pleine cambrousse, c’est bien sûr celle d’un bestiau de 2 mètres de long qui va brusquement se dresser sur son chemin, en l’occurrence un cobra royal… Rien que cela s’il vous plait…

La plupart du temps, même s’il en est à la fin de sa boucle de 8 kilomètres… même si les maisons du village sont en vue… même s’il en a plein les baskets… notre homme fait alors naturellement demi-tour parce que les cobras, croyez-moi, ça ne rigole pas beaucoup et c’est reparti aussi sec en sens inverse en allongeant la foulée… Ce qui est certain, c’est que ce genre de rencontre cela vaut toutes les séances de résistance concoctées par les Mickeys en fluo des salles de fitness… vu que ça fait grimper le palpitant dans les tours comme c’est pas permis… Moralité, pour notre farang qui était parti évacuer le stress…  c’est un peu manqué...

Le plus fort c’est que quand au retour, après avoir retrouvé son souffle et un visage normal, notre expat entreprend de raconter ses mésaventures en avalant pour se remettre de ses émotions, verre sur verre de ce whisky mékong auquel étrangement il trouve un goût excellent aujourd’hui, il se rend compte que tout le monde se marre comme des bossus autour de lui... Mai pen rai !

Finalement quelqu’un entreprend de lui expliquer qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter vu que la bestiole qu’il a croisé n’est probablement que la réincarnation d’un lointain cousin… Certains même, un peu en avance de quelques bières sur les autres, après avoir fait travaillé leur mémoire rajoutent que le cousin en question était même un mec vachement bien, la preuve c’est qu’il est revenu en cobra… Bon d’accord, c’est sûr c’était pas un « Dieu » sinon ce serait un éléphant que notre bon expat aurait croisé sur la piste, mais un cobra c’est déjà pas mal comme réincarnation… D’accord, il a toujours été un peu facétieux et aimé surprendre les gens « le cousin », c’est entendu… mais enfin, bon si on sait le prendre, pas de souci… Pour tout dire, si on n’en n’avait pas parlé au farang avant son jogging c’est simplement parce qu’on pensait qu’il l’aurait deviné tout seul… cela va sans dire voyons… Si notre bon expat n’avait pas encore compris le sens de ce que veut dire vivre dans une société à « fort contexte de communication », on peut à présent estimer que c’est fait maintenant…

Mais là où notre expat finit par craquer littéralement, c’est quand quelqu’un en vient à lui demander s’il n’a pas fait de mal au cobra au moins… parce que si tel était le cas, cela serait embêtant … et ça pourrait finir par mettre « le cousin » en rogne… vu qu’il était aussi un peu caractériel dans sa jeunesse…

Mais quand on court autour d’un village du profond Issan, il n’y a pas que les serpents qu’on peut rencontrer quand on est un expat joggeur… Il y a aussi les chiens… Et là, n’en déplaise aux amis des chiens, je vais être obligé de dire un peu de mal des canidés…

En règle générale, le chien thaïlandais n’est pas en soi très impressionnant… car il n’est embarrassé ni par ses muscles (tout comme l’expat retraité moyen)… ni par ni sa graisse (là, c’est moins vrai pour l’expat retraité…)... Le seul problème quand on rencontre un clebs, c’est qu’il faut le décliner… au pluriel. Et oui, tout comme les trains, un chien peut en cacher un autre… et même à vrai dire plusieurs autres, certes tous plus faméliques et déplumés les uns que les autres mais ils sont une « tétra-chiée plus quinze »… Et là, mauvaise limonade… Il y a intérêt à prendre tout cela très au sérieux… Vous vous marrez ? Et bien regardez le grand Rambo qui pourtant en connaît un bout en matière de baston dans le sud est asiatique… Et bien il n’a jamais osé se fritter avec une horde de chiens asiatiques… Comme quoi…

Serait ce l’odeur du farang, la vue de son long nez, le fluo de ses fringues, la « grâce » de sa course… difficile à dire mais une chose est certaine, alors qu’il roupillait depuis des heures, voilà notre chien galeux et famélique qui se réveille brusquement à l’approche du coureur et se met à gueuler. Tous les autres qui étaient postés le long de la route, bien évidemment se réveillent à leur tour et au fur et à mesure que notre sportif avance, d’autres chiens commencent à se profiler à chaque tournant… L’embuscade, la vraie… Pour s’en sortir plusieurs possibilités s’offrent alors à lui… Si cela doit vous arriver aussi un jour, alors notez bien  ce que je vais vous dire…

La première option c’est bien entendu celle de la négociation… mais le farang nouvellement arrivé en Issan parle rarement le thaï du nord-est… En plus, vu le nombre de clébards qui traînent sur la route, ce sont des sacs complets de barbaque ou de royal canin qu’il faudrait trimbaler dans le Camel back pour les convaincre de céder le passage… Pas la peine d’essayer le riz, le poulet ou le poisson pour les appâter, comme tout bon expat, ils en ont un peu marre de ce régime… mettez vous un peu à leur place… C’est déjà fait ?... Bon, alors je passe à l’autre option…

La seconde option, c’est celle de la dissuasion… Concentrez-vous et suivez bien mon raisonnement car c’est un peu tordu, même franchement déjanté… Mais je peux vous assurer que ça marche… Le but c’est que les chiens en arrivent à penser que vous n’êtes pas un farang venu de l’ouest mais un Vietnamien en voyage de prospection… Vous me suivez ? Si un des chiens, à votre allure, à votre façon de parler se dit « Mef, ce type là il vient d’Hanoï ou de Saïgon … il y a de la restauration collective en préparation dans l’air… » c’est gagné… car chacun sait à travers tout le sud est asiatique que les Vietnamiens sont friands de brochettes et de cuisseaux de chien. Là, l’effet est immédiat… Les cabots taillent la route dare-dare et vous pouvez continuer à courir…

Ne me demandez surtout pas comment les clebs sont au courant… ou alors c’est que vous n’avez rien, mais alors rien compris à la technique de la réincarnation… et le mieux que vous ayez alors à faire c’est de commencer par aller suivre un bon stage chez Ricard (pas Paul le concurrent du pastis 51, non l’autre Mathieu, celui qui cause riche…).

Une chose est certaine, le moins qu’on puisse dire c’est qu’avec cette histoire de karma et de réincarnation ça aide la tradition orale à se perpétuer dans le temps, la preuve avec les chiens…

Si malheureusement vous ne parlez ni le thaï, ni le vietnamien vu que vous n’avez pas fait les langues O (ou alors vous ne seriez pas à traîner là au milieu des rizières, vous seriez plutôt en train de bosser à l’IRASEC ou à l’ambassade…), si vous êtes incapable de courir sur huit kilomètres déguisé en paysan du delta du Fleuve rouge avec un chapeau pointu sur la tête, il ne vous reste plus alors que la troisième option : l’action brutale autrement dit, le passage en force grâce à la mandoline à ours…

Nanti d’un solide bâton de palabre, que vous aurez préalablement taillé avant votre mise en route dans un bois dur et noueux, et trimbalé jusque là tel un Moïse moyen pendant la traversée du désert, il ne vous restera plus qu’à vous ouvrir un chemin dans la masse canine à grand renfort de moulinets, un peu comme Roland à Roncevaux ou pour faire plus local, du roi Mengraï face aux hordes birmanes… C’est certain que ça va gueuler sur votre passage mais croyez moi, ça marche… en un mot, pas de mollesse avec les molosses… surtout qu’en plus ça permet de faire travailler les bras… Après ça il vous sera difficile de dire que le jogging n’est pas un sport complet…

Inutile de vous préciser qu’à l’arrivée ce n’est pas la peine de vous vanter de ce type d’exploits… Outre le fait qu’à l’heure d’Internet cela viendrait rapidement aux oreilles de la SPA, il est probable que cela générerait aussi des histoires de famille dans le village… Pour sûr, parmi les obstacles que vous aurez « « caressés » du plat de votre gourdin, il y aura probablement des proches de gens que vous connaissez… Certes dans leur vie antérieure ce ne devaient pas être des cadors et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ne se sont pas vraiment défoncés pour accumuler des mérites vu que leur karma les a fait revenir sous une enveloppe de chien… mais quand même… ce sont des parents… Faut pas charrier… Si ça se sait c’est encore un sac d’embrouilles en perspective… Donc motus et bouche cousue et l’harmonie du village sera préservée… c’est l’essentiel... Que voulez-vous, le sens de la famille c'est encore une réalité en Thaïlande !


Mais bien entendu, si le sport en milieu rural n’est pas réellement votre passion, il vous reste encore la plage de Phuket pour essayer de perdre un peu de poids…

 

 

(à suivre…)

Jogging dans les rues de Bangkok... Tout ce qu'on ne vous a pas dit...

 



          Puisque vous avez décidé de vous mettre au jogging, sachez dès à présent que courir en Thaïlande peut très rapidement s’avérer être une aventure à rebondissements… et ceci dans tous les sens du terme, croyez moi… Suivant que vous vivez dans la jungle urbaine de Bangkok, au fondus de l’Isaan dans un village tellement pommé que même les phi s’en sont barrés ou sur une plage dorée comme Phuket, votre jogging n’y sera pas tout à fait le même… Mais quel que soit le cadre, il y a aura pourtant toujours un point commun : votre vie va désormais connaître une série « d’emmerdes » dont vous n’avez même pas idée… C’est bien pour cela qu’il vaut mieux que nous en parlions dès à présent… Sinon vous en viendriez à me le reprocher…

 

Commençons si vous le voulez bien par le premier cas de figure, à savoir l’expatrié retraité vivant à Bangkok…

Pour cet expatrié là, dont la pointe d’effort physique journalière se limitait jusqu’à peu à l’ascension de l’escalier du métro aérien… et encore en faisant une halte technique à mi parcours… chausser des chaussures de sport pour aller courir dehors représente un vrai défi... Plutôt que de parler à son égard de séance de remise en forme, il conviendrait mieux de requalifier cela en « parcours de survie en jungle urbaine »… Si vous ne me croyez pas, laissez moi vous faire part d'une indiscrétion recueillie de la bouche même d’un vendeur (désœuvré) d’équipements sportifs (bon marché) d'un grand magasin européen nouvellement ouvert sur Bangkok, dont les dirigeants n'ont peur de rien (vu la conjoncture, une aventure encore plus balèze que la traversée à pied à 18 heures de Sukhumvit road…) : Il se murmurerait que Bear Grylls... le mec qui dans « Man Vs Wild » a une semaine pour rejoindre seul la civilisation dans un environnement sauvage et désertique, avec pour tout équipement un couteau, une gourde et une pierre à feu... aurait préféré se faire licencier par Discovery Chanel ... plutôt que de venir courir dans les rues de Bangkok… C'est vous dire si ça craint !

On peut d’ailleurs le comprendre, car il faut dire à sa décharge que là où il va, en règle générale, il ne risque tout au plus que de se faire bouffer par un croco ou mordre par un serpent venimeux, voire dévisser d’une paroi rocheuse… La belle affaire !… Tout cela on l’a déjà à Bangkok avec les bestiaux pas recommandables dans les rues en période de crue de la Chao Phraya, les trous sans fond qui s’ouvrent sans crier gare dans la chaussée…

Beer Grylls, lui au moins à la différence de notre expat téméraire, ne risque pas pendant son parcours sur un trottoir plus qu’incertain, de se faire ébouillanter par la bassine d’eau chaude d’une Phôuu-ying (qui en plus l’engueulera…), de glisser sur la flaque d’huile de vidange d’un garagiste de trottoir ou de terminer en figure de calandre d’un 4 x 4 de luxe qui a serré de trop près le bord de la chaussée… avant de finir dans l’anonymat d’un frigo vu qu’on lui aura tiré son « larfeuille » entre le moment de l’accident et l’arrivée des secours… Et oui, c’est la version adaptée des gestes de premier secours où la finalité reste avant tout la survie du… spectateur…

A ma connaissance, à part deux illuminés qui s'amusent à traverser la ville en droite ligne, il n’y a qu’un mec qui passe là où Beer Grylls a rendu son baudrier et son mousqueton… C’est « Philippe le photographe », celui qui a choisi comme terrain de jeu China Town… Mais pour accéder à ce « plateau sportif » il lui a fallu au préalable connaître tous les garçons bouchers, tous les marchands de poisson… et un certain nombre « d’intermédiaires »… Enfin, pour être tout à fait honnête, précisons que lui il marche… Peut être qu’il court après avoir pris sa photo jusqu’à un motosai qui l’attend au coin de la rue… mais ça il ne le raconte jamais sur son blog… A vérifier… Il faudra que je m’intéresse de plus près à lui dans quelques temps…

Alors, puisque les rues de Bangkok ne sont pas très sures, où aller me direz-vous ?

Bien sûr, si vous vous sentez un potentiel de sportif de haut niveau en devenir… où si dans votre précédente vie bouddhique vous étiez dans l’enveloppe corporelle d’un hamster… vous pouvez vous rendre dans un club de remise en forme pour aller courir sur un tapis… Mais si comme moi vous n’êtes pas un fervent adepte de ces lieux où l’on passe deux heures à transpirer dans une salle décorée par un jeu de miroirs que madame Claude aurait aimés, entourés de types qui vous reluquent bizarrement en se trimbalant avec une « ficelle dans la raie » en guise de short de sport, il vous faut aller en extérieur…

Les rues de Bangkok étant suicidaires ainsi qu’on on l’a vu, la seule solution qui tienne le pavé… si j’ose dire… c’est de vous rendre dans un des quelques parcs de la ville comme Lumphini ou Chatuchak. Le cadre y est verdoyant, on y croise fréquemment de jolies jeunes femmes élancées en tenue fluo… et même quelques éphèbes (et oui, il en faut pour tous les goûts…)…

Bref à première vue l’endroit idéal… Idéal, vite dit… Ce serait l’idéal s’il n’y avait pas tous ces varans à enjamber, ces gosses zigzagant dans tous les sens et qu’il faut éviter sans même parler du risque de télescopage avec un vélo fou, piloté par un type dont l'horizon se limite à la roue avant … Si vous n’avez jamais vu à quoi ressemble le sport de masse un dimanche soir à Lumphini ou à Chatukak… imaginez vous l’ouverture d’un grand magasin britannique un jour de soldes… Vous voilà prévenus… Bonne chance !

Un dernier point enfin… Si vous tenez vraiment à courir sur Bangkok et que vous arriviez à échapper à tout ce dont j’ai parlé, il y a un truc que vous n’éviterez pas… La silicose... avec en prime une paire de poumons dignes d’un mineur polak, qui en sortant du trou à charbon, aurait occupé ses soirées de libres à cloper avec Serge Gainsbourg…

 

De quoi allez s’installer à la campagne, pas vrai ?

 

 

(à suivre…)

Galeries de portraits : chronique d’un début de journée normale avec “Momo l’expat”... (1)

 



A l'attention de ceux qui se demanderaient ce que peut faire de ses dix doigts tout au long d'une sainte journée sous les tropiques l'expatrié français moyen vivant en Thaïlande, ce transfuge régulièrement mis à l'index par les ayatollah de Bercy, voici quelques éléments de réponse, sachant néanmoins que toute ressemblance avec ma propre existence serait bien entendu purement fortuite...


La vie quotidienne d’un expat retraité moyen pourrait à première vue sembler au départ généralement assez banale… et très routinière. Pourtant, à y regarder de plus près, en dépit des apparences, chacune des journées de notre homme commence régulièrement par un drame… dans l’odeur du café frais qui monte dans l’air… Pour comprendre les ressorts de ce drame, rendons-nous si vous le voulez bien chez celui de mes voisins que j'ai choisi comme modèle et que nous appellerons désormais « Momo l’expat »… afin de l'observer débuter une journée qui va s’avérer fertile en émotions...

 

Parmi les premiers rituels auxquels se livre notre expatrié retraité, chaque matin au réveil, il y a une séquence incontournable : le passage sur la balance en revenant d’aller faire un tour « au fond du couloir »… D’un pas alerte, curieux de savoir comment a évolué son indice de masse corporelle depuis... hier matin... notre homme se juche sur cet « équipement de précision » (dixit le vendeur... bien que made in China, donc condamné à une espérance de vie limitée...)...  A peine est-il monté dessus que la réaction ne se fait pas attendre : une bordée de jurons remplit la maison… Cet engin diabolique, dont les résultats sont probablement faussés par l’humidité ambiante accuse encore 500 grammes de plus que la veille ! … Humidité, peut être... mais il faut quand même réagir se dit notre homme en descendant, réalisant en son for intérieur, dans un sursaut de lucidité, que l’hygrométrie ambiante n’explique peut être pas tout…

 

Et à partir de ce moment là, débute dans son esprit la valse des mesures à prendre pour perdre du poids : alléger les repas, picoler un peu moins, se lever plus tôt… la seule limite à ces contre-mesures étant comme chacun sait,  le manque d’imagination…

Malheureusement, le problème des résolutions d'un expat retraité… pas vraiment débordé par le travail… c’est qu’il y a en général peu de chances qu’elles aillent plus loin que l’apéro du midi… sauf à faire preuve d'une volonté d'acier (je préfère dire d'acier et pas de fer vu que le fer ne résiste pas trop au climat local...). En fait il y a tellement de sollicitations au sein de ce village gaulois qu’est la communauté des retraités français que notre homme est quand même excusable à bien des égards… Tenez, pas plus tard que ce matin, en se connectant sur le blog d'un copain, que voit – on ?... Une alléchante série de photos concernant les produits maison d’un traiteur alsacien qui vient d’ouvrir… Vous vous doutez bien qu'entre un bol de riz blanc (version gluante ou non gluante, suivant que votre compagne ou épouse thaïlandaise est du Nord-est du pays ou pas) et une assiette de charcutaille bien de chez nous, il n’y a pas photo… 

En plus, s’asseoir sur la natte à 17 heures pour manger un brouet local accompagné d'un poisson desséché dont même un chat ne voudrait pas, c’était marrant et exotique un temps… mais comme toutes les « bonnes choses » il fallait que ça s'arrête et qu'on passe rapidement à d’autres réjouissances… Plus qu’un problème de gastronomie cela devenait au fil des jours une question de survie… sans parler du regard des copains installés dans le pays depuis beaucoup plus longtemps et qui se marraient comme des bossus en saucissonnant allègrement depuis leur terrasse… Et en plus je ne vous parle même pas des crampes dans les « guitares » à la fin des « agapes » locales parce que la position en tailleur, il faut s'appeler Bouddha pour la tenir sans problème... Il y a des jours où il lui fallait presque un palan à notre bon Momo pour l'aider à se relever...


Poursuivant ses réflexions notre homme en vient alors à entamer le second rituel de la matinée, à savoir la consultation sur son ordinateur, une cigarette (hors taxes) à la main, du cours du dollar pour voir comment a évolué la parité bath / euro… Là aussi, à nouveau… action, réaction…
L’affichage des résultats, confirmant la tendance générale passée des dernières semaines, à savoir la baisse inexorable de son pouvoir d’achat, génère instantanément une seconde bordée de jurons qui pour le coup finit de réveiller vraiment la maisonnée…

En proie à ce que nous appellerons pudiquement une légère « contrariété » pour ne pas employer les grands mots et parler de « fracture de moral », notre homme, tirant sur les bretelles de son « marcel », jette sa première « clope » à peine entamée de la journée et traînant ses savates sur le carrelage (savates d’intérieur je précise parce quand on est bien éduqué dans ce pays on laisse ses « pompes » dehors…), commence à arpenter la maison dans tous les sens en gueulant comme un putois d’une voix de stentor qu’on doit entendre aux quatre coins du lotissement… Tout y passe… Pêle-mêle la mondialisation, la crise européenne, ces escrocs de traders qui s’enrichissent sur le dos des autres, Sarko, Hollande et leurs gouvernements d’incapables (… désolé mais comme on est dans un processus d’automatismes, il lui faudra un certain temps d’adaptation avant que le nom de Macron vienne naturellement à sa bouche…)… j’en passe et des meilleures…

Sa compagne, réveillée en sursaut, apparaît un bref instant… la « gueule enfarinée » comme on dit… au propre pour cause de poudre de riz (et oui encore et toujours le  riz...) et au figuré…  puis comprenant très vite que « le bois est en train de se mouiller », disparaît subrepticement avant qu’on ne songe à lui rappeler le rôle clé qu’elle joue (avec l'aide de sa nombreuse parenté proche, moyenne, éloignée...) dans la diminution du pouvoir d’achat de la maisonnée… Comme quoi, en Thaïlande comme partout ailleurs, on a beau être dans une société où on contrôle ses sentiments et ses réactions chacun sait que « quand la mer est mauvaise faut pas faire ch…. le marin ! ».

 

Un certain nombre de jurons plus tard, le calme revient progressivement dans la maison, au fur et à mesure que notre homme, jamais à court d’idées, commence déjà à envisager un plan B pour faire face à l’érosion de son capital, en l’occurrence « plier ses gaules » et aller s’installer au Cambodge voisin où si l’on se fie aux chroniques des magazines francophones locaux, « les cailles tomberaient encore rôties du ciel »… comme au bon vieux temps en Thaïlande…

 

Mais le fait d’avoir gueulé, c’est bien connu, ça ouvre l’appétit… alors direction le frigo… Quand je vous disais que les résolutions chez un expat français retraité ça ne va jamais très loin… Et on est encore loin, très loin de l’apéro ! … Le point positif de cette affaire c'est qu'au fur et à mesure que l'estomac se remplit, le cerveau commence à reprendre le contrôle de la bête… Et c’est là précisément que notre expat retraité, abandonnant pour un temps ses projets de migration au delà du Mékong, se remet à penser progressivement à la balance… Et si je me mettais à faire un peu de sport… se dit notre homme, au beau milieu d’une bouchée de pain recouvert de cette excellente terrine qu’on lui a envoyé de la lointaine France… mais dont ce « salaud » a soigneusement négligé de faire état à ses copains expats… Plus perso que ça ce n'est pas possible… comme quoi la solidarité nationale et gastronomique a ses limites…


Et oui, après tout, le sport ne semble pas une si mauvaise chose dans ce contexte déprimant où d’un côté on assiste à l’effondrement du cours de l’euro, et partant des économies de ce bon Momo, ce qui est générateur de stress… de l’autre on ne peut qu’observer une croissance lente mais inexorable de l’indice de masse corporelle de l’intéressé… génératrice de surpoids… bon allez, n’ayons pas peur des mots… d’un début d’obésité… Vous avez compris : stress plus obésité, notre homme n'est pas clair... car voici réunis tous les ingrédients de l’accident cardio-vasculaire… Il ne manque plus à ça que le facteur déclencheur, à savoir le besoin de… « fantaisie » de madame… pour transformer ce bon Momo en légume en « deux temps trois mouvements » ou pour être tout à fait précis en « deux temps, trois mouvements… et deux cris… »… le second cri étant bien entendu le râle de celui dont la pompe vient de claquer à vide...

En effet, la situation est grave et il y a vraiment intérêt à réagir rapidement et si l’on veut tout à la fois évacuer ce stress, faire chuter ce poids… et maintenir un ratio « Offre (de monsieur) / Demande (de madame) »… disons acceptable… Et là sur ce dernier point, c’est pas gagné, car j’ai omis de vous faire part d'un détail qui a son importance : si ce bon Momo est gourmand en matière de gastronomie, disons qu’en ce qui concerne les fréquentations féminines, il frise avec la gloutonnerie… vu l’âge de sa compagne… Vous voyez ce que je veux dire... Mais nous aurons l’occasion d’aborder ultérieurement la question de la cure de jouvence entreprise au péril de leur vie (et de leurs économies) par nombre de retraités étrangers dans ce pays… Donc concentrons nous un peu sur l'essentiel et revenons en au sport…

 

Suite à cette brutale prise de conscience, le spectre du déambulateur, voire du fauteuil à roulettes qui couinent… commençant à faire son chemin dans son esprit, ce bon Momo, quelques gouttes de sueur au front, finit par reposer délicatement sa tartine de confit d’oie et repousse son verre de rosé frais… ne pensant plus qu’à une seule chose : faire de l’exercice physique. Il faut impérativement qu’il parvienne à « se dépenser et éliminer »… J’ai bien dit « se dépenser et éliminer » et pas « boire et éliminer » comme le suggère une marque d’eau minérale bien connue… chose que Momo savait déjà faire depuis longtemps… mais pas avec de l’eau minérale, vous vous en doutiez un peu…

 

Mais quand on a moins de 85 balais, âge normal de péremption des expatriés retraités (au regard des statistiques), que reste t-il comme dérivatif raisonnable que l’on puisse pratiquer en Thaïlande ?

Le vélo ? Non merci… vu le trafic et le style de conduite locale, notre homme n’a pas vraiment envie de rejouer un remake du film « Duel » de Spielberg et de toutes façons il a passé l'âge de jouer aux coursiers new-yorkais zigzaguant entre les pick-up et les vans fous… Finir en tête de calandre d’un pick-up façon Victoire de Samothrace sur les Rolls, ce n’est pas précisément à ce quoi il aspire…

Le tennis ? Pour ça, il faudrait avoir de la coordination et du souffle… et il y a bien longtemps que Momo n’a plus ni l’une…ni l’autre…

Le golf ? Même si c'est très à la mode c’est juste bon pour passer un peu de temps à dire du mal des autres expats… en attendant de se retrouver au bar… Un cercle vicieux en somme…

La natation ? Ne me faites pas rire, vous ne trouvez pas qu'il y a déjà assez d'eau dans le Ricard pour vouloir aller en ingurgiter un peu plus dans une piscine... et je ne parle même pas des amibes…

Non, la seule bonne réponse c’est… le jogging !

Mais si se remettre à la course est une excellente chose, croyez moi, ainsi qu’on va le voir, c’est toutefois loin d’être aisé au Royaume de Siam et ceci, quelque soit l’endroit où l’on vit…

 

- A suivre -



NB : pour ceux qui en douteraient encore, Momo ce n'est pas moi la preuve, je ne porte pas de "Marcel"... 

samedi 5 décembre 2020

Galeries de portraits : investissez dans l’immobilier, une valeur sure, avec “Boris le moujik”... (2)

  


 


Passés les premiers jours et parfaitement conscient du fait qu’il avait intérêt à se bouger les moignons s’il ne voulait pas voir débarquer par un vol Aéroflot le porte parole (accessoirement aussi porte flingue) d’un collectif d’actionnaires moscovites en colère venu solder les comptes, Boris a commencé à broyer du noir… car par les temps qui courent, le moins qu’on puisse dire, c’est que le client tend à se faire rare. Et comme apparemment ses créanciers n’ont étonnamment jamais entendu parler de la crise de la COVID et de son impact sur le tourisme, ''l’ardoise'' reste suspendue sur le mur au dessus de sa tête, juste entre les portraits de « qui vous savez » et la copie ''légalisée localement'' de ses diplômes et patentes attestant de ses compétences et de sa probité, documents payés non pas à la sueur de son front mais à prix d’or… Pour ceux qui ont un peu de religion je dirais que c’est un peu comme dans l’histoire de Cain dans la tombe et de l’œil qui le regarde… sauf que là c’est l’ardoise qui le regarde… Quand à la tombe inutile de développer, le mec Boris y est déjà à moitié dedans depuis un certain soir de méprise… En un mot, l’avenir semble devenir sombre… au moins aussi sombre que les eaux du Chao Praya le mec Boris risque d’aller faire trempette…

 

Bien sur, pour payer plus rapidement sa dette à l’équipe des trois « rustiques », notre ami pourrait renouer avec le jeu mais au vu de son passif et du fait que de ce coté-là c’est un peu bouché pour lui dans ce milieu professionnel… la prudence recommande quand même de s’abstenir… Faut le comprendre, quand on se prend une danse comme celle que lui ont mis les trois susceptibles, on devient prudent avant d’entamer une reconversion professionnelle non prévue par les accords de branche… Et Boris est devenu un homme prudent, croyez moi ! Certes pas prudent au point de porter bretelles et ceinture comme votre banquier… ou comme ses créanciers… mais prudent quand même… Et puis, vue sa tronche de faux témoin, de toutes façons ce ne serait pas sûr que ça marche le jeu car je ne sais pas s’il y aurait beaucoup de partenaires disponibles prêts a jouer avec quelqu’un qui de toute évidence a été pris la main (et la tête) dans le sac… et qui visiblement n’est pas arrivé à les retirer à temps…

 

Il y a donc des jours Boris en vient à se demander dans un moment de lucidité (ou de sobriété, comme vous préférez, vu que ces deux termes sont synonymes pour nombre d’amateurs de vodka…) s’il n’y a pas eu une erreur de casting lors de son « embauche »… De là à solliciter un nouvel entretien à ses employeurs en vue d’une redéfinition de sa fiche de poste… faut pas exagérer quand même… Ne jamais confondre audace et témérité… même avec 5 gammes d’alcool dans le sang…

Ce qui aggrave aussi la situation, c’est qu’en plus de la raréfaction du client, notre homme ne semble pas avoir spécialement le profil de l’emploi… Et oui, vu qu’il s’agit quand même d’une activité pour vendre il faut aussi savoir séduire le client par ses bonnes manières et par son look… inutile de vous dire qu’entre sa gueule édentée et ses moignons, pour rassurer les investisseurs on fait mieux… Et je ne vous parle même pas de l’effet produit dans la rue, vu qu’on est dans un pays il faut sourire de toutes ses dents en toutes circonstances et saluer les autres en joignant ses doigts pour avoir l’air poli… Même les moines, adeptes de la non violence, changent de trottoir lorsqu’ils l’aperçoivent et préfèrent jeûner plutôt que de taper l’incruste chez lui pour casse-crouter… Pour le coup, c’est sûr qu’en matière de distanciation sociale on ne peut rien lui reprocher… Quand à son agence elle est devenue facile à trouver vu qu’elle se situe désormais dans la seule rue de Pattaya  du fait de sa seule présence, on ne trouve plus de street food… les restaurants de rue faisant faillite les uns après les autres pour cause de désaffection. Seul le « seven eleven » local semble faire de la résistance mais faut dire qu’on a du bâtir en catastrophe devant la porte un lotissement complet de maisons aux esprits… histoire de conjurer le sort…

 

Pour un homme qui aurait souhaité se faire oublier et rester dans l’ombre, devenir agent immobilier, on en conviendra c’est quand même un peu voyant… d’autant que dans ce genre d’investissement, la seule chose que le client risque de voir c’est simplement l’agent immobilier… L’immeuble lui, c’est parfois plus difficile de le voir et des fois on l’attend longtemps, longtemps… avant de le voir… et quand on le voit c’est même parfois une illusion d’optique… une maquette pour être plus précis… Le seul truc rassurant pour le moral du client en cas de problème, c’est que celui-ci peut quand même se dire qu’il n’est pas le seul à être victime d’un mirage… Cela lui évite ainsi par la même occasion de se poser des questions à propos de son acuité visuelle et ça lui fait économiser du même coup des dépenses inutiles chez l’ophtalmo… parce que vu les acomptes déjà versés à l’agent immobilier, il va lui falloir commencer à mettre sérieusement de l’argent de coté s’il veut durer dans le pays, boire frais et continuer à sourire… Malheureusement, comme tous les clients n’ont pas forcement le sens de l’humour, le mec Boris se dit que si en plus des usuriers moscovites il faut se préparer à affronter aussi les investisseurs étrangers adeptes des placements à haute rentabilité mais un brin irascibles, la vie va devenir rapidement… invivable… d’autant que même sans être physionomiste il y a peu de chance que ces derniers l’oublient…

Un malheur ne venant jamais seul, quand on est un mec venu tout droit de la steppe, la vie de bureau ça devient en outre vite lassant et pénible… surtout quand on ne lit pas Tolstoï entre deux clients… et même carrément quand on n’a pas appris à lire du tout comme c’est le cas de notre homme… Remarquez que vu ce qu’on sait de l’écriture thaïe, avoir lu Tolstoï ou pas, ça ne fait guère avancer les choses pour rédiger un contrat… surtout bidon…

 

Le mètre de trottoir linéaire devenant disponible depuis le déménagement des street foods et la nature ayant horreur du vide, c’est donc naturellement que quelques arpenteuses de rues sont venues l’occuper gracieusement… ce qui ne veut pas dire forcement avec grâce étant donné que dans le lot il n’est pas impossible que se soient glissés quelques détenteurs du service trois pièces… L’oisiveté étant comme chacun sait la mère du vice et vu que son bureau donne directement sur le bout du trottoir déambulent à longueur de journée Noi et ses copines, on comprendra sans problème qu’en restant assis sans rien faire si ce n’est regarder par sa fenêtre, le spectacle offert et les sourires engageants de ses voisines finissent par donner des idées au mec Boris… ainsi que des fourmis dans les jambes… et pas que là d’ailleurs aussi… le démon de minuit remplaçant le démon du jeu…

 

Au fil des jours le mec Boris a donc commencé à se demander sérieusement s’il ne faudrait pas qu’il envisage une diversification de ses activités vers le secteur du « tapin », domaine incontestablement plus sûr que le jeu et surtout beaucoup plus rentable et discret que la gestion de l’immobilier… La meilleure preuve que le « tapin » c’est discret, c’est que même les gardiens de l’ordre à Pattaya semblent douter de son existence quand on évoque devant eux ce sujet… c’est vous dire… D’abord on travaille souvent la nuit et puis ce que les clients voudront voir dans ce commerce, ce n’est pas forcément la tronche à Boris… et c’est mieux comme ça d’ailleurs… Et comme à vrai dire ils ne tiennent pas non plus nécessairement à ce qu’on voit aussi toujours la leur… ce serait en quelque sorte comme qui dirait exercer une activité professionnelle par procuration… avec comme devise « Pour vivre heureux vivons cachés »… en particulier des services de l’immigration parce que question « work permit » il y aurait comme qui dirait un certain flou dans la définition de l’activité… Une option possible serait, tout en conservant son agence et en respectant les distances de sécurité, de gérer son petit turbin complémentaire depuis son bureau qui a pignon sur rue comme on dit…

 

Poursuivant activement ses réflexions, performance peu aisée avec un cerveau légèrement endommagé suite à une surconsommation de vodka frelatée dans sa jeunesse, l’idée de faire de l’argent pour rembourser son ardoise en montant une écurie de « Marie-madeleine » et en devenant « julot » à temps partiel fait donc son chemin…

Le seul problème, c’est qu’entre le rêve de Boris et la réalité, il y a comme qui dirait une grande steppe désolée à parcourir, parsemée de plein « d’emmerdes » possibles et de malfaisants en tous genres aux aguets…

Le premier gros problème à résoudre c’est de déterminer où installer ses « collectrices de billets »… autrement dit de façon pratique, trouver un endroit où il ne « vexera » personne… Si le flambeur russe est parfois un brin susceptible comme on l’a vu, il y a fort à parier que ce ne soit rien à coté de ce que le « chaopo » thaïlandais pourrait lui infliger en cas de malentendu à propos d’une erreur de bornage de pas de porte… Terminer au fond du fleuve ou en « tout venant » de fondation d’immeuble, même quand on a vocation à bosser dans l’immobilier, ce n’est pas vraiment ce à quoi il aspire… Pour tout dire, Boris est un homme qui ne veut plus entendre parler de jeux de hasard… Si je vous disais que même la vue de vendeurs ambulants de billets de loterie nationale lui déclenche des cauchemars… Mettez-vous donc à sa place… Non vous n’y tenez pas ? Bon passons…

Un autre souci c’est que pour ouvrir son « commerce », il va lui falloir entreprendre pas mal de « formalités »… et dieu sait si c’est compliqué les « formalités administratives » en Thaïlande… presque autant que dans sa Russie natale… Il y a tellement de « timbres fiscaux » à acheter qu’on s’y perd un peu… et en plus il faut trouver les bons « bureaux » pour les payer… Et comme tout se fait par bouche à oreille dans cette ville, c’est du boulot, croyez moi… Quand vous imaginez que même pour ouvrir une gargotte de street food il faut « arroser » les moines pour conjurer le sort… et éviter sans doute ainsi une possible rupture de la chaîne du froid ou un retard d’approvisionnement… vous pouvez imaginer ce que ça donne pour une activité nocturne dans un secteur fortement concurrentiel…

Et puis surtout, il y a intérêt à ouvrir l’œil parce qu’en ce qui concerne les malfaisants ou les mauvais payeurs, là il y en a une « tetra chiée plus quinze” dans une ville comme Pattaya. Vu le public, il va falloir se préparer à montrer les dents… mais là, force est de reconnaître que le mec Boris n’est plus vraiment crédible après la blague de ses copains… Plus démuni que lui, on a du mal… Heureusement que la Thaïlande est le paradis des cliniques dentaires parce qu’il faut bien dire qu’un « mac » qui en plus ne pourrait plus embobiner des « gagneuses » avec sa belle gueule… ça ne ferait pas très sérieux…

 

En dépit de ces petits problèmes à résoudre, l’objectif de Boris serait donc d’avoir une dizaine de filles à lui et d’arrondir ses fins de mois un peu comme font ses camarades dans les rues de Moscou… Vu le plan d’amortissement qu’on lui a concocté avant de quitter le pays, Boris serait bien tenté de faire bosser ses filles au profit des étrangers, pour mieux tirer profit du pouvoir d’achat de ces derniers, mais c’est un homme prudent comme nous l’avons dit… Dans son for intérieur il se dit quand même qu’avec ce type de clients, si les filles sont un brin intelligentes, elles vont « vite fait bien fait » se barrer dans la nature avec un micheton de passage, un brin friqué et plein d’illusions, qu’elles auront levé… pendant que lui restera gros jean… Bilan des courses, la facture sera pour lui car il aura arrosé tous les intermédiaires pour rien… payé le bus pour faire venir sur place ses pouliches, leurs fringues et leurs pompes, le maquillage, les piaules et les agapes riz-poisson-poulet… sans parler des « taxes », « timbres fiscaux » à régler aux intermédiaires et des inévitables « amendes » supplémentaires rajoutées pour retard de paiement… S’il n’a rien à mettre sur la table, bonjour l’ambiance… et le montant des agios à verser à la « banque du Nord »… Rien que d’y penser il en claquerait des dents… enfin s’il le pouvait… Tout, sauf revivre à nouveau le même tête à tête qu’à Moscou avec ces mecs un peu trop manuels à son goût…

En plus, s’agissant du cheptel, va falloir ouvrir l’oeil … Imaginez qu’il recrute une dizaine de filles du gabarit de Noï… c’est sûr qu’il ne fera pas longtemps illusion face à elles, le moujik, vu leurs potentiels de réflexion respectifs… Dans un match entre un boulier chinois et un microprocesseur on sait d’avance qui va gagner… Et s’il ne peut même pas les tenir en mains ou surtout les payer, il y a même des chances que ce soient elles qui le mettent un jour au turf… et qu’il se retrouve à Bangkok dans la Soï 4 de Patpong, au milieu des « mignons » en short et débardeur blanc, à tapiner pour elles… Comme aurait dit en son temps Henri Charrière alias Papillon, quand on est mac, passer du statut de « pointeur » à celui de « pointé », pour une promotion… y a pas a dire c’est une sacré promotion…

Donc, pas de doute à avoir, s’il se lance dans ce boulot il lui faudra se tourner vers une clientèle locale… ce qui veut dire installer ses « collectrices de billets » sur un chantier ou dans une zone industrielle… D’accord, les baraques en planches avec la file d’attente des clients devant ça manque un peu de poésie et de romantisme et on est loin, très loin des salons feutrés de madame Claude, j’en conviens, mais là au moins, il y a peu de chances que les nanas se tirent en sautant les palissades… C’est sûr… et en plus pas besoin de recruter des surdouées qui connaissent toutes les langues et le cours du dollar ou du yen pour les clients n’ayant pas encore eu le temps de passer au bureau de change… L’ennui, c’est que le tarif des prestations ne sera pas terrible… et comme le cheptel risque d’être un peu du deuxième, voire du troisième choix, il ne pourra même pas avoir de quoi se payer en nature pour se remonter le moral les jours où ça ne va pas fort…

 

Quelle galère… s’il ne se traînait pas cette casserole du remboursement, il y en aurait presque pour repartir au pays… mais là le comité d’accueil l’attend à bras ouverts et… à poings fermés…

Alors autant rester dans l’immobilier, pas vrai… et vous attendre pour vous proposer des investissements juteux… ?


mercredi 2 décembre 2020

Galeries de portraits : investissez dans l’immobilier en Thaïlande, une valeur sure... avec “Boris le moujik”... (1)

 


 


S’il vous est arrivé de passer un jour par « Pattaya la sulfureuse », plus communément appelée « Vice-city » par les âmes sensibles et pieuses, vous savez déjà que cette cité ne serait pas ce qu’elle est sans la présence en temps normal, c'est-à-dire hors période COVID, d’une faune cosmopolite qui traîne dans ses rues et qui au fil des ans a transformé un tranquille village de pêcheurs d’autrefois en une ville de pécheurs… Vous saisissez la différence entre ces deux types de bourgades ?... Si oui, pas de souci… si non, rendez-vous sur Bescherelle.com à la page qui va bien, à savoir celle des accents… ou bien allez faire un tour en ville dans les « rues piétonnes » pour comprendre, ça sera peut être plus rapide et surtout plus drôle…

Quoi qu’il en soit, comme chacun sait, qui dit faune dit mammifères, insectes, oiseaux, mollusques, reptiles, amphibiens et bien entendu… poissons… ce qui est normal après tout pour une ville de bord de mer. Dans cette dernière catégorie, après avoir donné la semaine passée un coup de projecteur sur la morue (…ou un coup de lamparo comme diraient des estafiers méditerranéens…), nous allons nous arrêter un moment sur une autre espèce particulière de poiscaille, j’ai nommé le barbeau russe…


Pour présenter brièvement notre « ami », que nous appellerons Boris le moujik, sachez que c’est un homme qui vient du froid et qui comme bien d’autres margoulins, a fait un jour escale à Pattaya pour y faire un peu d’oseille au soleil… l’hiver russe n’étant pas spécialement la bonne période pour traîner le soir dans les rues. Sous ses airs rustres, du fait d’un faciès un brin néanderthalien, pour ne pas dire simiesque, qui l’a doté d’un doigt d’os frontal, « l’Alphonse » en question a toujours été un mec assez simple... Ses buts dans l’existence sont en effet somme toute assez basiques, car depuis des années la vie pour lui se résume à trouver le moyen de faire la grasse matinée après avoir traîné dehors une partie de la nuit en compagnie de quelques belettes pas trop farouches et d’une poignée de potes flambeurs, de rouler dans une belle bagnole, de porter des fringues de marque sur la peau complétées par quelques gri-gri autour du cou… et accessoirement de boire une vodka qui ne soit pas fabriquée uniquement avec des épluchures de patates mélangées à de la sciure et à de l’alcool à brûler… Voilà en somme, vous le reconnaîtrez aisément, une existence assez saine… pour ne pas dire bio au regard de ses goûts en matière de rafraîchissements… Mais pour pouvoir vivre cette existence, un brin contemplative et sans souci, encore faut il pour cela en avoir les moyens, ce qui signifie disposer d’un « fond de roulement » conséquent pour faire face aux menues dépenses du quotidien.

Pour cela, spécialement quand on sort à peine de son isba et que l’alphabet cyrillique reste aussi mystérieux que les hiéroglyphes égyptiens… ou pour nous que l’alphabet thaï…, un moyen pratique et rapide de s’assurer rapidement un « fond de caisse », c’est soit le braquage direct de fourgons ou de banques, soit la protection de « faibles femmes s’acquittant de tâches d’utilité publique », soit enfin le jeu et ses dérivés du style blanchiment de roubles… Les gardiens russes de l’ordre public n’étant pas spécialement des adhérents à la ligue des droits de l’homme, le mec Boris a très vite intégré le fait qu’il était plus raisonnable de se spécialiser dans le jeu ou les activités de marlou, que dans le monte-en-l’air ou les visites surprises à la banque du quartier, activités réputées « à risque » comme disent les assureurs… Et c’est donc comme ça qu’un soir, non pas de désœuvrement comme vous pourriez le penser, mais de travail au regard de son activité principale, que Boris a accepté une partie entre deux portes avec des inconnus… et c’est aussi comme ça que les emmerdes ont vraiment débuté pour lui…

 

Si pour la majorité d’entre nous le voyage aller vers la Thaïlande a été assez simple à monter, en ce qui concerne notre « ami » cela a été en effet un brin… plus sportif… Au départ de son voyage vers les mers chaudes, il n’y a pas eu comme pour vous et moi un achat de billet dans une agence de voyage ou une réservation sur Internet mais juste une banale partie de poker… qui a mal fini… c’est le moins qu’on puisse dire… Tout avait bien pourtant bien commencé ce soir là… Pour un peu on se serait cru dans la partie de cartes de Pagnol… Galéjades en tous genres (à la russe…), embrassades et apéro de mise (devinez quoi…)… Mais comme dans la partie de cartes de Pagnol, ça a fini par déraper à cause d’un très léger malentendu… et la grosse différence, c’est qu’au lieu de voir partir maître Panisse à la fin de l’acte, là c’est un jeu complet de doigts de Boris qu’on a vu tailler la route et pas mal de chicots rouler sur le tapis vert… A se demander si c’était du poker ou du craps… Bon d’accord, ce n’étaient pas vraiment des dés qui roulaient, mais il n’en demeure pas moins que le « boxman » et le « stickman », étaient présents pour aider comme c’est l’usage dans ce jeu… l’un cognant et l’autre s’assurant que Boris ne risquait pas de fuir ses « responsabilités »… On ne pouvait pourtant pas vraiment dire que Boris n’avait pas de jeu ce jour là… A vrai dire il en avait même… un peu trop… vu que jusqu’à preuve du contraire il n’y a que quatre As dans un paquet de cartes… Bien sûr, si ses copains de rencontre avaient bu suffisamment, peut-être qu’ils n’auraient rien remarqué mais il faut croire que la vodka qui leur avait été servie devait être une contrefaçon qui les a laissés suffisamment conscients pour pouvoir compter jusqu’à cinq… Et cinq, c’est exactement le nombre de phalanges et de dents laissées en dépôt – vente sur la table… Si certains doutaient qu’il y ait un humour russe, j’espère que les voilà rassurés…

La mauvaise qualité de la vodka n’est pourtant pas la seule responsable de cette prise de conscience collective de la libre et personnelle interprétation faite par notre « ami » des règles du Poker… Ce qui a décuplé la contrariété de ses partenaires ça surtout été le fait que ce jour là coïncidait avec l’arrivée du printemps russe dans le calendrier orthodoxe… Pourquoi est-ce que je vous parle du calendrier et du printemps ? Tout simplement parce que le caractère russe est ainsi fait qu’il se caractérise par une alternance de périodes de profond abattement moral, généralement pendant la saison froide, et de périodes de surexcitation lorsque la chaleur revient… Manque de pot pour Boris, vous l’avez compris, le jour où il a entrepris de modifier de façon unilatérale et sans préavis les règles du poker, c’était le début du printemps russe et ses « copains » entraient juste dans leur phase de réveil cérébral… Je ne vous dis pas la masse d’énergie accumulée pendant leurs longs mois d’hibernation qui s’est brutalement libérée en quelques secondes… Pour prendre la foudre, ça il l’a prise le Boris… Un bon exemple valant toujours mieux qu’un long discours, si vous voulez avoir une idée de ce qu’il a pu ressentir, allez donc tripatouiller un compteur électrique avec une fourchette sans couper le jus… et vous comprendrez… sa surprise…

Comme toujours, soucieux d’élever une nouvelle fois le niveau du débat au dessus du caniveau… là précisément Boris a fini prématurément la partie… je dirais que notre homme a d’une certaine façon fait brutalement connaissance à cette occasion avec Einstein et avec sa théorie de la relativité… C’est en effet ce jour là que le bougre a découvert une autre interprétation possible de la formule magique E = mc2… E représentant dans le cas présent l’énergie accumulée et déployée par les trois mongols énervés, M la masse musculaire qu’ils ont appliquée sur le faciès de Boris et le c2…renvoyant à la notion  de « tête au carré »… De là à se demander si la formule de la relativité ne devrait pas plutôt être c2 = Em, puisque la tête au carré de Boris s’avère être le résultat de l’énergie (ou de l’énervement si vous préférez...) multipliée par la masse musculaire des trois caractériels… vous en conviendrez, il n’y a pas loin… disons la longueur d’un bras… Enfin, passons… Quoi qu’il en soit, si en ce qui vous concerne vous avez gardé de mauvais souvenirs de vos cours de physique, imaginez un peu l’impact que laissera dans la mémoire de Boris sa brutale découverte de la physique nucléaire en mode cours du soir intensifs…

Le malheur dans cette affaire, c’est qu’il n’y a pas réellement de justice car le mec Boris était quand même un peu excusable… Que voulez-vous, à la force de faire des aller – retour entre les pays froids et les pays chauds entre deux parties pour trimbaler des valises de billets pour le compte de ses copains tatoués, comment vouliez – vous qu’il ne finisse pas par s’y perdre en termes de saisons… Maintenant, c’est sûr aussi que quand on accepte de jouer aux cartes avec des bègues sibériens, il ne faut pas être surpris de les voir à la première contrariété se mettre à parler avec les mains… vieille habitude chez eux destinée à se réchauffer par temps froid… L’atavisme, c’est quand même quelque chose…

Bref, ce qui est certain, c’est que lorsque Boris s’est réveillé après la discussion animée qui a suivi l’interruption de la partie, du fait d’une perte d’image et de son involontaire de sa part, soyez certain qu’il s’en serait mordu les doigts s’il l’avait pu, d’avoir accepté de taper le carton avec des mecs de rencontre… Avouez qu’il était quand même un peu tard pour cela… surtout vu ce qu’il lui restait comme chicots… et comme phalanges… Et oui, ce qui fait tout le suspens d’une partie de cartes avec des Russes de rencontre trouvés un brin désœuvrés au coin d’un comptoir c’est que ça commence par des embrassades sur la bouche et que ça peut se terminer par un barbecue… façon marseillaise… si vous voyez ce que je veux dire… ou éventuellement des brochettes de doigts s’ils font preuve d’un zeste d’humanité… Comme il faut en toutes circonstances rester optimiste, sachez qu’en se réveillant avec un léger goût de gueule de bois (cassée), Boris a quand même éprouvé un profond soulagement du fait que les trois frères Karamazov, même s’ils lui avaient raccourci des doigts jugés un peu trop crochus à leur goût, lui avaient quand même laissé l’intégralité de ses attributs masculins, attention qu’on pourrait assimiler à un geste de faiblesse si cela venait à s’ébruiter dans leur milieu... Encore heureux au passage, qu’après cette initiation aux fondements de la physique les trois furieux n’aient pas eu envie de poursuivre vers une séance de chimie, histoire de tester la dissolution des corps dans l’acide… la physique et la chimie étant comme chacun sait des disciplines indissociables… Comme quoi il faut toujours positiver dans la vie…

Autre fait notable, même si de toute évidence les compagnons de jeu de notre homme venaient de prouver dans cette affaire qu’ils n’étaient pas des sympathisants de Gandhi, adeptes de la non violence, il faut bien reconnaître une fois leur irritation passagère oubliée qu’ils n’étaient pas non plus des gens à se comporter comme des animaux… La preuve en est qu’ils lui ont offert une porte de sortie pour oublier ses fantaisies… avec un choix simple à résoudre… et pas vraiment cornélien… Soit aller partager le sort du feu frère Raspoutine en faisant une plongée enchaînée sous glace dans les eaux de la Neva, soit partir en Thaïlande pour représenter leurs intérêts… histoire de les rembourser… Ne jamais désespérer du genre humain donc… Peu soucieux de renouveler une expérience malheureuse déjà vainement tentée dans le passé par Raspoutine et par Houdini afin d’essayer de prouver que l’esprit est plus fort que la matière, inutile de vous dire que le choix a vite été fait… ce qui explique maintenant pourquoi Boris a donc pris sans délai la direction des mers chaudes, comme on dit du coté de l’Oural, et bosse aujourd’hui sur Pattaya… et il vous attend avec impatience pour faire fructifier vos économies et le produit de la vente de votre maison familiale… ou tout au moins ce qu’il en reste après le passage des racketteurs de Bercy.

Comme un certain nombre d’autres « rézidents » Boris a donc ouvert une de ces agences qui proposent toutes sortes d’affaires immobilières en or aux farangs, avec notamment la promesse d’un rapport locatif qui aurait donné le tournis à Madoff, l'arnaqueur de Wall Street lui même… c’est vous dire… Spécialisée dans la vente de condos et la location saisonnière, son agence annonce pouvoir faire un millionnaire en puissance de chaque client (…sous réserve qu’il soit arrivé milliardaire comme chacun sait…). Jamais à cours d’idée, son empathie naturelle pousse même Boris à mettre en garde l’acheteur contre tous les dangers locaux depuis les vendeurs de billets de loterie jusqu’aux intermédiaires véreux dont je tairai par prudence la profession officielle… en passant par les femmes de petite vertu, tous ces parasites en somme qui pourrait générer chez le chaland une perte de pouvoir d’achat conséquente… Et oui, comme chacun sait, le décalage horaire associé à un abus brutal de piment et à quelques verres de bière ou de wisky mekong dans une ambiance « chaleureuse » peut facilement générer une euphorie naturelle, certes favorable au petit commerce de rue, mais pas à l’investissement dans une valeur sure comme la pierre…

On en revient en fait toujours au vieux dilemme entre consommer et investir, vaste débat sans fin s’il en est…

 

- A suivre -

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Bonjour à toutes et à tous, puisque vous venez de vous prendre les pieds dans la toile et êtes venus buter sur mon blog, soyez donc les bien...