Puisque vous avez décidé de vous mettre au jogging, sachez dès à
présent que courir en Thaïlande peut très rapidement s’avérer être une aventure
à rebondissements… et ceci dans tous les sens du terme, croyez moi… Suivant que
vous vivez dans la jungle urbaine de Bangkok, au fondus de l’Isaan dans un
village tellement pommé que même les phi s’en sont barrés ou sur une plage
dorée comme Phuket, votre jogging n’y sera pas tout à fait le même… Mais quel que
soit le cadre, il y a aura pourtant toujours un point commun : votre vie
va désormais connaître une série « d’emmerdes » dont vous n’avez même
pas idée… C’est bien pour cela qu’il vaut mieux que nous en parlions dès à
présent… Sinon vous en viendriez à me le reprocher…
Commençons si vous le voulez bien par le
premier cas de figure, à savoir l’expatrié retraité vivant à Bangkok…
Pour cet expatrié là, dont la pointe d’effort
physique journalière se limitait jusqu’à peu à l’ascension de l’escalier du métro
aérien… et encore en faisant une halte technique à mi parcours… chausser des
chaussures de sport pour aller courir dehors représente un vrai défi... Plutôt
que de parler à son égard de séance de remise en forme, il conviendrait mieux
de requalifier cela en « parcours de survie en jungle urbaine »… Si
vous ne me croyez pas, laissez moi vous faire part d'une indiscrétion
recueillie de la bouche même d’un vendeur (désœuvré) d’équipements sportifs
(bon marché) d'un grand magasin européen nouvellement ouvert sur Bangkok, dont
les dirigeants n'ont peur de rien (vu la conjoncture, une aventure encore plus
balèze que la traversée à pied à 18 heures de Sukhumvit road…) : Il se
murmurerait que Bear Grylls... le mec qui dans « Man Vs Wild » a une
semaine pour rejoindre seul la civilisation dans un environnement sauvage et
désertique, avec pour tout équipement un couteau, une gourde et une pierre à
feu... aurait préféré se faire licencier par Discovery Chanel ... plutôt que de
venir courir dans les rues de Bangkok… C'est vous dire si ça craint !
On peut d’ailleurs le comprendre, car il faut
dire à sa décharge que là où il va, en règle générale, il ne risque tout au
plus que de se faire bouffer par un croco ou mordre par un serpent venimeux,
voire dévisser d’une paroi rocheuse… La belle affaire !… Tout cela on l’a
déjà à Bangkok avec les bestiaux pas recommandables dans les rues en période de
crue de la Chao Phraya, les trous sans fond qui s’ouvrent sans crier gare dans
la chaussée…
Beer Grylls, lui au moins à la différence de notre expat téméraire, ne risque pas pendant son parcours sur un trottoir plus qu’incertain, de se faire ébouillanter par la bassine d’eau chaude d’une Phôuu-ying (qui en plus l’engueulera…), de glisser sur la flaque d’huile de vidange d’un garagiste de trottoir ou de terminer en figure de calandre d’un 4 x 4 de luxe qui a serré de trop près le bord de la chaussée… avant de finir dans l’anonymat d’un frigo vu qu’on lui aura tiré son « larfeuille » entre le moment de l’accident et l’arrivée des secours… Et oui, c’est la version adaptée des gestes de premier secours où la finalité reste avant tout la survie du… spectateur…
A ma connaissance, à part deux illuminés qui s'amusent à traverser la ville en droite ligne, il n’y a qu’un mec qui passe là où Beer Grylls a rendu son baudrier et son mousqueton… C’est « Philippe le photographe », celui qui a choisi comme terrain de jeu China Town… Mais pour accéder à ce « plateau sportif » il lui a fallu au préalable connaître tous les garçons bouchers, tous les marchands de poisson… et un certain nombre « d’intermédiaires »… Enfin, pour être tout à fait honnête, précisons que lui il marche… Peut être qu’il court après avoir pris sa photo jusqu’à un motosai qui l’attend au coin de la rue… mais ça il ne le raconte jamais sur son blog… A vérifier… Il faudra que je m’intéresse de plus près à lui dans quelques temps…
Alors, puisque les rues de Bangkok ne sont
pas très sures, où aller me direz-vous ?
Bien sûr, si vous vous sentez un potentiel de sportif de haut niveau en devenir… où si dans votre précédente vie bouddhique vous étiez dans l’enveloppe corporelle d’un hamster… vous pouvez vous rendre dans un club de remise en forme pour aller courir sur un tapis… Mais si comme moi vous n’êtes pas un fervent adepte de ces lieux où l’on passe deux heures à transpirer dans une salle décorée par un jeu de miroirs que madame Claude aurait aimés, entourés de types qui vous reluquent bizarrement en se trimbalant avec une « ficelle dans la raie » en guise de short de sport, il vous faut aller en extérieur…
Les rues de Bangkok étant suicidaires ainsi
qu’on on l’a vu, la seule solution qui tienne le pavé… si j’ose dire…
c’est de vous rendre dans un des quelques parcs de la ville comme Lumphini ou
Chatuchak. Le cadre y est verdoyant, on y croise fréquemment de jolies jeunes
femmes élancées en tenue fluo… et même quelques éphèbes (et oui, il en faut
pour tous les goûts…)…
Bref à première vue l’endroit idéal… Idéal, vite dit… Ce serait l’idéal s’il n’y avait pas tous ces varans à enjamber, ces gosses zigzagant dans tous les sens et qu’il faut éviter sans même parler du risque de télescopage avec un vélo fou, piloté par un type dont l'horizon se limite à la roue avant … Si vous n’avez jamais vu à quoi ressemble le sport de masse un dimanche soir à Lumphini ou à Chatukak… imaginez vous l’ouverture d’un grand magasin britannique un jour de soldes… Vous voilà prévenus… Bonne chance !
Un dernier point enfin… Si vous tenez
vraiment à courir sur Bangkok et que vous arriviez à échapper à tout ce dont j’ai
parlé, il y a un truc que vous n’éviterez pas… La silicose... avec en prime une
paire de poumons dignes d’un mineur polak, qui en sortant du trou à charbon,
aurait occupé ses soirées de libres à cloper avec Serge Gainsbourg…
De quoi allez s’installer à la campagne, pas
vrai ?
(à suivre…)

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