dimanche 10 janvier 2021

Et si le bonheur était dans la riziere…

 

 

Après le joggeur « urbi »… penchons donc nous à présent sur le cas du joggeur « orbi », qui a choisi pour débarrasser ses poumons des miasmes et des fumées de Bangkok, de faire une cure en sanatorium dans l’Est de la Thaïlande, plus précisément dans un village coincé entre rizière et … rizière…

 

Notre bon expat aurait peut être aimé faire sa « cure » ailleurs, mais que voulez-vous, vu que sa compagne était du coin, il n’a pas tellement eu le choix… et quand il s’est réveillé de la cuite à laquelle il a eu droit pour fêter son arrivée, il était bien trop tard pour revenir sur les engagements (ou les promesses d’ivrogne) pris au cours de la nuit… Et pour une cuite cela en a été une sacrée !… Qu’est ce que vous voulez, l’arrivée dans un village perdu de l’Issan d’un distributeur de billets, d’un ATM comme on dit ici, c’est comme l’installation de l’eau et de l’électricité au fin fond de l’Auvergne… Ca se fête…

Cet expatrié là, précisons qu’en général lorsqu’il en vient à se tourner vers le sport, ce n’est pas seulement à cause de la balance… C’est aussi parce qu’il commence à en avoir sa dose du gardiennage des buffles, du ravalement des façades de la plupart des maisons du quartier à prix coûtant (pour lui bien évidemment…), maisons qui appartiennent toutes à des parents de sa douce, parents naturellement confrontés à un mauvais karma et qu’il faut aider…

Lorsqu’il se décide à faire du jogging, les premiers temps notre expat est un peu la vedette dans le village, étant donné qu’on n’a jamais vu personne oser se trimballer fringué comme il l’est et partir courir sous le soleil à l’heure où en principe on se pose… Pour être clair, au départ comme à l’arrivée de son jogging, avec le public sur les côtés de la rue principale (et unique) c’est un peu l’ambiance disons… des derniers kilomètres de l’Alpe d’Huez… avec en prime les commentaires de la course assurés par un parent de sa moitié… Se sentir la vedette du jour, cela a au moins un avantage, c’est que ça aide à oublier qu’il fait chaud… et surtout là où on est venu atterrir…

Finalement, au bout d’un certain temps notre expat en arrive à se dire que courir sur une piste ou le long des rizières, en fin de compte c’est bon pour la forme car cela lui permet de décompresser, d’évacuer le stress… ainsi que tout ce qu’il picole avec les mecs du village… Tout se passerait donc très bien… jusqu’au jour où se produit une mauvaise rencontre…

La première rencontre désagréable qu’il peut faire sur une piste herbeuse, en pleine cambrousse, c’est bien sûr celle d’un bestiau de 2 mètres de long qui va brusquement se dresser sur son chemin, en l’occurrence un cobra royal… Rien que cela s’il vous plait…

La plupart du temps, même s’il en est à la fin de sa boucle de 8 kilomètres… même si les maisons du village sont en vue… même s’il en a plein les baskets… notre homme fait alors naturellement demi-tour parce que les cobras, croyez-moi, ça ne rigole pas beaucoup et c’est reparti aussi sec en sens inverse en allongeant la foulée… Ce qui est certain, c’est que ce genre de rencontre cela vaut toutes les séances de résistance concoctées par les Mickeys en fluo des salles de fitness… vu que ça fait grimper le palpitant dans les tours comme c’est pas permis… Moralité, pour notre farang qui était parti évacuer le stress…  c’est un peu manqué...

Le plus fort c’est que quand au retour, après avoir retrouvé son souffle et un visage normal, notre expat entreprend de raconter ses mésaventures en avalant pour se remettre de ses émotions, verre sur verre de ce whisky mékong auquel étrangement il trouve un goût excellent aujourd’hui, il se rend compte que tout le monde se marre comme des bossus autour de lui... Mai pen rai !

Finalement quelqu’un entreprend de lui expliquer qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter vu que la bestiole qu’il a croisé n’est probablement que la réincarnation d’un lointain cousin… Certains même, un peu en avance de quelques bières sur les autres, après avoir fait travaillé leur mémoire rajoutent que le cousin en question était même un mec vachement bien, la preuve c’est qu’il est revenu en cobra… Bon d’accord, c’est sûr c’était pas un « Dieu » sinon ce serait un éléphant que notre bon expat aurait croisé sur la piste, mais un cobra c’est déjà pas mal comme réincarnation… D’accord, il a toujours été un peu facétieux et aimé surprendre les gens « le cousin », c’est entendu… mais enfin, bon si on sait le prendre, pas de souci… Pour tout dire, si on n’en n’avait pas parlé au farang avant son jogging c’est simplement parce qu’on pensait qu’il l’aurait deviné tout seul… cela va sans dire voyons… Si notre bon expat n’avait pas encore compris le sens de ce que veut dire vivre dans une société à « fort contexte de communication », on peut à présent estimer que c’est fait maintenant…

Mais là où notre expat finit par craquer littéralement, c’est quand quelqu’un en vient à lui demander s’il n’a pas fait de mal au cobra au moins… parce que si tel était le cas, cela serait embêtant … et ça pourrait finir par mettre « le cousin » en rogne… vu qu’il était aussi un peu caractériel dans sa jeunesse…

Mais quand on court autour d’un village du profond Issan, il n’y a pas que les serpents qu’on peut rencontrer quand on est un expat joggeur… Il y a aussi les chiens… Et là, n’en déplaise aux amis des chiens, je vais être obligé de dire un peu de mal des canidés…

En règle générale, le chien thaïlandais n’est pas en soi très impressionnant… car il n’est embarrassé ni par ses muscles (tout comme l’expat retraité moyen)… ni par ni sa graisse (là, c’est moins vrai pour l’expat retraité…)... Le seul problème quand on rencontre un clebs, c’est qu’il faut le décliner… au pluriel. Et oui, tout comme les trains, un chien peut en cacher un autre… et même à vrai dire plusieurs autres, certes tous plus faméliques et déplumés les uns que les autres mais ils sont une « tétra-chiée plus quinze »… Et là, mauvaise limonade… Il y a intérêt à prendre tout cela très au sérieux… Vous vous marrez ? Et bien regardez le grand Rambo qui pourtant en connaît un bout en matière de baston dans le sud est asiatique… Et bien il n’a jamais osé se fritter avec une horde de chiens asiatiques… Comme quoi…

Serait ce l’odeur du farang, la vue de son long nez, le fluo de ses fringues, la « grâce » de sa course… difficile à dire mais une chose est certaine, alors qu’il roupillait depuis des heures, voilà notre chien galeux et famélique qui se réveille brusquement à l’approche du coureur et se met à gueuler. Tous les autres qui étaient postés le long de la route, bien évidemment se réveillent à leur tour et au fur et à mesure que notre sportif avance, d’autres chiens commencent à se profiler à chaque tournant… L’embuscade, la vraie… Pour s’en sortir plusieurs possibilités s’offrent alors à lui… Si cela doit vous arriver aussi un jour, alors notez bien  ce que je vais vous dire…

La première option c’est bien entendu celle de la négociation… mais le farang nouvellement arrivé en Issan parle rarement le thaï du nord-est… En plus, vu le nombre de clébards qui traînent sur la route, ce sont des sacs complets de barbaque ou de royal canin qu’il faudrait trimbaler dans le Camel back pour les convaincre de céder le passage… Pas la peine d’essayer le riz, le poulet ou le poisson pour les appâter, comme tout bon expat, ils en ont un peu marre de ce régime… mettez vous un peu à leur place… C’est déjà fait ?... Bon, alors je passe à l’autre option…

La seconde option, c’est celle de la dissuasion… Concentrez-vous et suivez bien mon raisonnement car c’est un peu tordu, même franchement déjanté… Mais je peux vous assurer que ça marche… Le but c’est que les chiens en arrivent à penser que vous n’êtes pas un farang venu de l’ouest mais un Vietnamien en voyage de prospection… Vous me suivez ? Si un des chiens, à votre allure, à votre façon de parler se dit « Mef, ce type là il vient d’Hanoï ou de Saïgon … il y a de la restauration collective en préparation dans l’air… » c’est gagné… car chacun sait à travers tout le sud est asiatique que les Vietnamiens sont friands de brochettes et de cuisseaux de chien. Là, l’effet est immédiat… Les cabots taillent la route dare-dare et vous pouvez continuer à courir…

Ne me demandez surtout pas comment les clebs sont au courant… ou alors c’est que vous n’avez rien, mais alors rien compris à la technique de la réincarnation… et le mieux que vous ayez alors à faire c’est de commencer par aller suivre un bon stage chez Ricard (pas Paul le concurrent du pastis 51, non l’autre Mathieu, celui qui cause riche…).

Une chose est certaine, le moins qu’on puisse dire c’est qu’avec cette histoire de karma et de réincarnation ça aide la tradition orale à se perpétuer dans le temps, la preuve avec les chiens…

Si malheureusement vous ne parlez ni le thaï, ni le vietnamien vu que vous n’avez pas fait les langues O (ou alors vous ne seriez pas à traîner là au milieu des rizières, vous seriez plutôt en train de bosser à l’IRASEC ou à l’ambassade…), si vous êtes incapable de courir sur huit kilomètres déguisé en paysan du delta du Fleuve rouge avec un chapeau pointu sur la tête, il ne vous reste plus alors que la troisième option : l’action brutale autrement dit, le passage en force grâce à la mandoline à ours…

Nanti d’un solide bâton de palabre, que vous aurez préalablement taillé avant votre mise en route dans un bois dur et noueux, et trimbalé jusque là tel un Moïse moyen pendant la traversée du désert, il ne vous restera plus qu’à vous ouvrir un chemin dans la masse canine à grand renfort de moulinets, un peu comme Roland à Roncevaux ou pour faire plus local, du roi Mengraï face aux hordes birmanes… C’est certain que ça va gueuler sur votre passage mais croyez moi, ça marche… en un mot, pas de mollesse avec les molosses… surtout qu’en plus ça permet de faire travailler les bras… Après ça il vous sera difficile de dire que le jogging n’est pas un sport complet…

Inutile de vous préciser qu’à l’arrivée ce n’est pas la peine de vous vanter de ce type d’exploits… Outre le fait qu’à l’heure d’Internet cela viendrait rapidement aux oreilles de la SPA, il est probable que cela générerait aussi des histoires de famille dans le village… Pour sûr, parmi les obstacles que vous aurez « « caressés » du plat de votre gourdin, il y aura probablement des proches de gens que vous connaissez… Certes dans leur vie antérieure ce ne devaient pas être des cadors et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ne se sont pas vraiment défoncés pour accumuler des mérites vu que leur karma les a fait revenir sous une enveloppe de chien… mais quand même… ce sont des parents… Faut pas charrier… Si ça se sait c’est encore un sac d’embrouilles en perspective… Donc motus et bouche cousue et l’harmonie du village sera préservée… c’est l’essentiel... Que voulez-vous, le sens de la famille c'est encore une réalité en Thaïlande !


Mais bien entendu, si le sport en milieu rural n’est pas réellement votre passion, il vous reste encore la plage de Phuket pour essayer de perdre un peu de poids…

 

 

(à suivre…)

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