dimanche 10 janvier 2021

Galeries de portraits : chronique d’un début de journée normale avec “Momo l’expat”... (1)

 



A l'attention de ceux qui se demanderaient ce que peut faire de ses dix doigts tout au long d'une sainte journée sous les tropiques l'expatrié français moyen vivant en Thaïlande, ce transfuge régulièrement mis à l'index par les ayatollah de Bercy, voici quelques éléments de réponse, sachant néanmoins que toute ressemblance avec ma propre existence serait bien entendu purement fortuite...


La vie quotidienne d’un expat retraité moyen pourrait à première vue sembler au départ généralement assez banale… et très routinière. Pourtant, à y regarder de plus près, en dépit des apparences, chacune des journées de notre homme commence régulièrement par un drame… dans l’odeur du café frais qui monte dans l’air… Pour comprendre les ressorts de ce drame, rendons-nous si vous le voulez bien chez celui de mes voisins que j'ai choisi comme modèle et que nous appellerons désormais « Momo l’expat »… afin de l'observer débuter une journée qui va s’avérer fertile en émotions...

 

Parmi les premiers rituels auxquels se livre notre expatrié retraité, chaque matin au réveil, il y a une séquence incontournable : le passage sur la balance en revenant d’aller faire un tour « au fond du couloir »… D’un pas alerte, curieux de savoir comment a évolué son indice de masse corporelle depuis... hier matin... notre homme se juche sur cet « équipement de précision » (dixit le vendeur... bien que made in China, donc condamné à une espérance de vie limitée...)...  A peine est-il monté dessus que la réaction ne se fait pas attendre : une bordée de jurons remplit la maison… Cet engin diabolique, dont les résultats sont probablement faussés par l’humidité ambiante accuse encore 500 grammes de plus que la veille ! … Humidité, peut être... mais il faut quand même réagir se dit notre homme en descendant, réalisant en son for intérieur, dans un sursaut de lucidité, que l’hygrométrie ambiante n’explique peut être pas tout…

 

Et à partir de ce moment là, débute dans son esprit la valse des mesures à prendre pour perdre du poids : alléger les repas, picoler un peu moins, se lever plus tôt… la seule limite à ces contre-mesures étant comme chacun sait,  le manque d’imagination…

Malheureusement, le problème des résolutions d'un expat retraité… pas vraiment débordé par le travail… c’est qu’il y a en général peu de chances qu’elles aillent plus loin que l’apéro du midi… sauf à faire preuve d'une volonté d'acier (je préfère dire d'acier et pas de fer vu que le fer ne résiste pas trop au climat local...). En fait il y a tellement de sollicitations au sein de ce village gaulois qu’est la communauté des retraités français que notre homme est quand même excusable à bien des égards… Tenez, pas plus tard que ce matin, en se connectant sur le blog d'un copain, que voit – on ?... Une alléchante série de photos concernant les produits maison d’un traiteur alsacien qui vient d’ouvrir… Vous vous doutez bien qu'entre un bol de riz blanc (version gluante ou non gluante, suivant que votre compagne ou épouse thaïlandaise est du Nord-est du pays ou pas) et une assiette de charcutaille bien de chez nous, il n’y a pas photo… 

En plus, s’asseoir sur la natte à 17 heures pour manger un brouet local accompagné d'un poisson desséché dont même un chat ne voudrait pas, c’était marrant et exotique un temps… mais comme toutes les « bonnes choses » il fallait que ça s'arrête et qu'on passe rapidement à d’autres réjouissances… Plus qu’un problème de gastronomie cela devenait au fil des jours une question de survie… sans parler du regard des copains installés dans le pays depuis beaucoup plus longtemps et qui se marraient comme des bossus en saucissonnant allègrement depuis leur terrasse… Et en plus je ne vous parle même pas des crampes dans les « guitares » à la fin des « agapes » locales parce que la position en tailleur, il faut s'appeler Bouddha pour la tenir sans problème... Il y a des jours où il lui fallait presque un palan à notre bon Momo pour l'aider à se relever...


Poursuivant ses réflexions notre homme en vient alors à entamer le second rituel de la matinée, à savoir la consultation sur son ordinateur, une cigarette (hors taxes) à la main, du cours du dollar pour voir comment a évolué la parité bath / euro… Là aussi, à nouveau… action, réaction…
L’affichage des résultats, confirmant la tendance générale passée des dernières semaines, à savoir la baisse inexorable de son pouvoir d’achat, génère instantanément une seconde bordée de jurons qui pour le coup finit de réveiller vraiment la maisonnée…

En proie à ce que nous appellerons pudiquement une légère « contrariété » pour ne pas employer les grands mots et parler de « fracture de moral », notre homme, tirant sur les bretelles de son « marcel », jette sa première « clope » à peine entamée de la journée et traînant ses savates sur le carrelage (savates d’intérieur je précise parce quand on est bien éduqué dans ce pays on laisse ses « pompes » dehors…), commence à arpenter la maison dans tous les sens en gueulant comme un putois d’une voix de stentor qu’on doit entendre aux quatre coins du lotissement… Tout y passe… Pêle-mêle la mondialisation, la crise européenne, ces escrocs de traders qui s’enrichissent sur le dos des autres, Sarko, Hollande et leurs gouvernements d’incapables (… désolé mais comme on est dans un processus d’automatismes, il lui faudra un certain temps d’adaptation avant que le nom de Macron vienne naturellement à sa bouche…)… j’en passe et des meilleures…

Sa compagne, réveillée en sursaut, apparaît un bref instant… la « gueule enfarinée » comme on dit… au propre pour cause de poudre de riz (et oui encore et toujours le  riz...) et au figuré…  puis comprenant très vite que « le bois est en train de se mouiller », disparaît subrepticement avant qu’on ne songe à lui rappeler le rôle clé qu’elle joue (avec l'aide de sa nombreuse parenté proche, moyenne, éloignée...) dans la diminution du pouvoir d’achat de la maisonnée… Comme quoi, en Thaïlande comme partout ailleurs, on a beau être dans une société où on contrôle ses sentiments et ses réactions chacun sait que « quand la mer est mauvaise faut pas faire ch…. le marin ! ».

 

Un certain nombre de jurons plus tard, le calme revient progressivement dans la maison, au fur et à mesure que notre homme, jamais à court d’idées, commence déjà à envisager un plan B pour faire face à l’érosion de son capital, en l’occurrence « plier ses gaules » et aller s’installer au Cambodge voisin où si l’on se fie aux chroniques des magazines francophones locaux, « les cailles tomberaient encore rôties du ciel »… comme au bon vieux temps en Thaïlande…

 

Mais le fait d’avoir gueulé, c’est bien connu, ça ouvre l’appétit… alors direction le frigo… Quand je vous disais que les résolutions chez un expat français retraité ça ne va jamais très loin… Et on est encore loin, très loin de l’apéro ! … Le point positif de cette affaire c'est qu'au fur et à mesure que l'estomac se remplit, le cerveau commence à reprendre le contrôle de la bête… Et c’est là précisément que notre expat retraité, abandonnant pour un temps ses projets de migration au delà du Mékong, se remet à penser progressivement à la balance… Et si je me mettais à faire un peu de sport… se dit notre homme, au beau milieu d’une bouchée de pain recouvert de cette excellente terrine qu’on lui a envoyé de la lointaine France… mais dont ce « salaud » a soigneusement négligé de faire état à ses copains expats… Plus perso que ça ce n'est pas possible… comme quoi la solidarité nationale et gastronomique a ses limites…


Et oui, après tout, le sport ne semble pas une si mauvaise chose dans ce contexte déprimant où d’un côté on assiste à l’effondrement du cours de l’euro, et partant des économies de ce bon Momo, ce qui est générateur de stress… de l’autre on ne peut qu’observer une croissance lente mais inexorable de l’indice de masse corporelle de l’intéressé… génératrice de surpoids… bon allez, n’ayons pas peur des mots… d’un début d’obésité… Vous avez compris : stress plus obésité, notre homme n'est pas clair... car voici réunis tous les ingrédients de l’accident cardio-vasculaire… Il ne manque plus à ça que le facteur déclencheur, à savoir le besoin de… « fantaisie » de madame… pour transformer ce bon Momo en légume en « deux temps trois mouvements » ou pour être tout à fait précis en « deux temps, trois mouvements… et deux cris… »… le second cri étant bien entendu le râle de celui dont la pompe vient de claquer à vide...

En effet, la situation est grave et il y a vraiment intérêt à réagir rapidement et si l’on veut tout à la fois évacuer ce stress, faire chuter ce poids… et maintenir un ratio « Offre (de monsieur) / Demande (de madame) »… disons acceptable… Et là sur ce dernier point, c’est pas gagné, car j’ai omis de vous faire part d'un détail qui a son importance : si ce bon Momo est gourmand en matière de gastronomie, disons qu’en ce qui concerne les fréquentations féminines, il frise avec la gloutonnerie… vu l’âge de sa compagne… Vous voyez ce que je veux dire... Mais nous aurons l’occasion d’aborder ultérieurement la question de la cure de jouvence entreprise au péril de leur vie (et de leurs économies) par nombre de retraités étrangers dans ce pays… Donc concentrons nous un peu sur l'essentiel et revenons en au sport…

 

Suite à cette brutale prise de conscience, le spectre du déambulateur, voire du fauteuil à roulettes qui couinent… commençant à faire son chemin dans son esprit, ce bon Momo, quelques gouttes de sueur au front, finit par reposer délicatement sa tartine de confit d’oie et repousse son verre de rosé frais… ne pensant plus qu’à une seule chose : faire de l’exercice physique. Il faut impérativement qu’il parvienne à « se dépenser et éliminer »… J’ai bien dit « se dépenser et éliminer » et pas « boire et éliminer » comme le suggère une marque d’eau minérale bien connue… chose que Momo savait déjà faire depuis longtemps… mais pas avec de l’eau minérale, vous vous en doutiez un peu…

 

Mais quand on a moins de 85 balais, âge normal de péremption des expatriés retraités (au regard des statistiques), que reste t-il comme dérivatif raisonnable que l’on puisse pratiquer en Thaïlande ?

Le vélo ? Non merci… vu le trafic et le style de conduite locale, notre homme n’a pas vraiment envie de rejouer un remake du film « Duel » de Spielberg et de toutes façons il a passé l'âge de jouer aux coursiers new-yorkais zigzaguant entre les pick-up et les vans fous… Finir en tête de calandre d’un pick-up façon Victoire de Samothrace sur les Rolls, ce n’est pas précisément à ce quoi il aspire…

Le tennis ? Pour ça, il faudrait avoir de la coordination et du souffle… et il y a bien longtemps que Momo n’a plus ni l’une…ni l’autre…

Le golf ? Même si c'est très à la mode c’est juste bon pour passer un peu de temps à dire du mal des autres expats… en attendant de se retrouver au bar… Un cercle vicieux en somme…

La natation ? Ne me faites pas rire, vous ne trouvez pas qu'il y a déjà assez d'eau dans le Ricard pour vouloir aller en ingurgiter un peu plus dans une piscine... et je ne parle même pas des amibes…

Non, la seule bonne réponse c’est… le jogging !

Mais si se remettre à la course est une excellente chose, croyez moi, ainsi qu’on va le voir, c’est toutefois loin d’être aisé au Royaume de Siam et ceci, quelque soit l’endroit où l’on vit…

 

- A suivre -



NB : pour ceux qui en douteraient encore, Momo ce n'est pas moi la preuve, je ne porte pas de "Marcel"... 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Bienvenue sur Sanuk...

Bonjour à toutes et à tous, puisque vous venez de vous prendre les pieds dans la toile et êtes venus buter sur mon blog, soyez donc les bien...